Mercredi 2 avril 2008
Auguste arrive dans une pièce où il y a déjà Robert, André et Mme Chacal installés autour d'une table où sont posées des cartes.

Auguste: (à la cantonade)
Bonjour, j'espère que je ne suis pas en retard!
Robert :
Vous n'avez pas été suivi au moins ?
Auguste:
Non, j'ai fait attention.
Robert :
J'espère bien, c'est notre vie qui est en jeu.
Auguste aperçoit Mme Chacal.
Auguste:
Tiens vous ici!
Robert :
Bon commençons! Je serais votre seul interlocuteur, vous me connaîtrez sous le nom de Robert. Vous ne devez connaître personne d'autre du réseau pour des raisons de sécurité. Mais sachez que nous sommes des milliers à nous battre dans l'ombre pour nous débarrasser de la dictature.
Auguste:
Bien! Quelle sera notre première mission?
Robert:
Nous avons appris qu'un réseau de résistance s'est constitué dans le camp de rétention au nord de la ville. Ces prisonnières travaillent dans des ateliers auxquels nous n'avons pas accès, malgré tous nos efforts. Nous allons en faire évader les principaux membres pour avoir des renseignements sur l'organisation du camp.



Auguste:
D'accord! De qui s'agit il?
Robert:
Je n'ai que des prénoms: Cécile, Catherine et Mélodie.
Auguste: (pour lui et pour le public)
Tiens c'est peut-être elles. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis le message qui me disait qu'elles avaient été arrêtées.
Robert:
André s'occupe d'établir un contact et de les faire évader. Sa fonction de surveillant lui donne un alibi parfait pour les approcher.
Auguste:
Comment? Cet homme travaille au camp et il n'a rien fait pour les faire évader jusque là?
André:
Je respecte les consignes qu'on me donne. Je fais ce que je peux à l'intérieur du camp pour les aider, mais je n'avais pas le droit de faire plus avant.
Auguste:
Robert?
Robert:
Qu'est ce que vous croyez? Nous ne sommes pas encore les plus forts! Nous avançons dans l'ombre et bientôt le moment sera venu de libérer tous les camps. Mais jusque là, ces prisonnières nous étaient plus utiles à l'intérieur, à récupérer des informations. Continuons, Auguste, vous les prendrez en charge à la sortie du camp. Et vous les conduirez jusque chez Marcelline Chacal qui les gardera en lieu sûr.
Auguste:
Mais cette femme a dénoncé des blondes! Comment pouvons nous lui faire confiance?
Mme Chacal:
J'ai beaucoup réfléchi depuis. A l'époque j'étais un peu bête et j'ai vraiment cru que j'allais aider mon pays. Je me suis trompé, je suis désolé.
Auguste:
C'est un peu facile et un peu tard...
Robert:
Peu importe, elle est des nôtres aujourd'hui et c'est la seule chose qui compte! Si vous saviez le nombre de personnes qui ont changé de camp en sentant le vent tourner... Bon regardez la carte, Auguste, vous vous posterez là...
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Mercredi 2 avril 2008
Dans le camp de rétention, les prisonnières travaillent. Josef Belett, André et Geneviève les surveillent en tournant autour.

André: (mystérieux et se prenant au sérieux)
Chut! Faites comme si vous ne me connaissiez pas!
Catherine: (ironique)
Cà va être dur André, on vous voit tous les jours...
André: (un peu déçu)
Oui, mais là c'est important, faites comme si de rien était.
Mélodie: (intriguée)
Mais qu'est ce que vous voulez dire?
André: (de nouveau mystérieux et important)
Je fais partie d'un réseau de résistance. Je dois vous faire échapper cette nuit!
Catherine:
Quoi?
André:
Vous êtes avec une fille qui s'appelle euh... Cécile les responsables du réseau de résistance à l'intérieur du camp, nous avons besoin de vous pour nous aider. Tenez vous prêtes!
Josef Belett:
Tes cheveux dépassent de ton foulard! Je ne supporte pas les blondes ! Quelle vulgarité!
Il lui tire dessus et la tue.
Mélodie: (à voix basse)
Oh! Non ! Quelle horreur!
André :
Qui est ce?
Catherine:
C'était elle Cécile...
André :
Il faut absolument vous faire évader le plus vite possible.
Mélodie:
Pourquoi nous? Et les autres? Elles ont besoin d'aide autant que nous. Pourquoi faut-il les abandonner? C'est injuste!
André :
Mélodie, elles auront plus besoin de vous dehors! Vous allez nous donner des informations primordiales sur l'organisation du camp. Nous allons les vaincre!


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Mercredi 2 avril 2008
Bureau de Benoît Durand
Benoît Durand assis derrière son bureau, Josef Belett debout.

Benoît Durand :
Alors Josef, où en sommes nous? Combien de pays avons nous envahis et soumis aujourd'hui?
Josef Belett : (un peu ennuyé et hésitant)
Depuis le mois dernier, nous n'avons pas vraiment progressé, notre armée stagne un peu, pour tout dire...
Benoît Durand: (mesuré)
Ce que tu me dis m'attriste beaucoup, Josef! Tu sais pourtant à quel point il est important pour moi de conquérir sans répit. Tu ne voudrais me décevoir Josef?
Josef Belett: (enthousiaste)
Oh non Monsieur Durand! Je vais m'en occuper, je vais aller voir les généraux et les remotiver. Vous pouvez compter sur moi Monsieur Durand. Je vous suis toujours resté fidèle et ça durera jusqu'à ma mort!!
Benoît Durand:
Bien Josef, merci, j'espère que tu n'auras pas à mourir pour moi tout de suite. Tu peux aller t'occuper de mon armée.



Il le congédie d'un geste de la main. Josef Belett sort.
Benoît Durand: (seul, réfléchissant à voix haute)
Il va falloir que je trouve une solution de repli rapidement ... oui! ... je n'en suis pas sûr, mais Belett ne me dit pas tout ... Nous perdons du terrain ... Je devrais peut être disparaître un moment ... Mais je reviendrai ... Je ne renoncerais jamais au pouvoir!

Robert frappe et entre. Il s'assoit.
Benoît Durand:
Vous vous installez sans ma permission Robert...
Il le fixe. Les deux s'affrontent du regard pendant quelques instants.
Benoît Durand: (souriant)
Je suis ravi de vous voir Robert! Qu'avez vous composé pour moi ces derniers temps?
Robert:
Rien pour l'instant! (ironique) Je me concentre pour votre victoire finale, quand vous dominerez le monde!
Benoît Durand: (avec un large sourire)
Tu me flattes Robert! Tu sais comme j'aime ça! Ah tu me connais bien Robert. (reprenant son sérieux) Je dois m'absenter quelques minutes, attends moi ici!

Il sort. Robert reste seul quelques secondes, puis Josef Belett entre dans le bureau.
Josef Belett: (méchamment)
Ah! Vous êtes là vous! Encore en train de fouiner dans les affaires de Monsieur Durand ...
Robert: (moqueur)
Va lui dire si ça t'amuses mon petit Belett!
Josef Belett: (en colère, mais se contenant)
Monsieur Durand finira par se lasser de vous! Faire de la musique ne suffira pas pour garder ses faveurs! Et ce jour-là, je serais là pour lui raconter que vous l'espionner ... Et il me remerciera, car il sait que je serais toujours à ses côtés!
Robert: (toujours moqueur)
Je n'en doute pas mon petit Belett! Je te laisse attendre ton maître. (il se lève) J'ai mieux à faire.
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Mercredi 2 avril 2008
Mme Chacal est chez elle. Auguste arrive, il amène Mélodie et Catherine.

Mme Chacal :
Vous voilà enfin, je commençais à m'inquiéter...
Auguste:
N'en faites pas trop, quand même!
Mélodie :
Je vous remercie de ce que vous faites...
André arrive, un peu essouflé.
Auguste: (indigné)
C'est le moins qu'elle puisse faire, après tout ce qu'elle vous a fait...
André : (en colère)
Vous n'avez pas le droit !
Mme Chacal : (résignée)
Laisse André, il a raison.
Mélodie :
Ne dites pas ça, vous prenez de gros risques en nous hébergeant. Tout le monde n'en ferait pas autant. On fait tous des erreurs, mais le principal est de s'en rendre compte et d'essayer de réparer.
Auguste: (à moitié convaincu)
Oui ! Tu as peut être raison Mélodie !

Robert entre sans bruit et s'installe.
Catherine:
Si vous avez fini, on pourrait peut-être passer aux choses sérieuses! Qu'est ce qu'on fait pour le camp, la libération et tout ça?
Robert:
On attend encore un peu...
Catherine:
Quoi?
Robert:
J'ai vu Durand et Belett aujourd'hui. Ils sont nerveux! Ils commencent à être inquiets. Encore quelques jours et nous n'aurons plus qu'à aller les cueillir...
par Bouclesdor publié dans : Théâtre
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Mercredi 2 avril 2008
Dans le camp, Josef Belett et Geneviève discutent autour des prisonnières.
Mélodie, Catherine, Auguste, Robert, André et Marcelline arrivent dans le camp.

Catherine :
Il n'y a plus personne, je vous l'avait bien dit!
André:
Si regardez dans le fond! Là bas!
Geneviève et Josef Belett s'apercevant qu'ils ont été repérés s'enfuient. Marcelline Chacal, Auguste et André partent à leur poursuite.
Mélodie:
Où sont-ils passés? Je ne vois pas Auguste! Et où sont Marcelline et André?
Robert: (ironique)
Ils se sont encore pris pour des justiciers!
Mélodie:
Quoi? Qu'est ce qu'il veut dire? Je ne comprend pas bien.
Catherine:
Je crois que j'ai compris. Ils ont fait les héros, ils sont partis nous venger!
Mélodie:
J'espère qu'ils n'auront pas fait de bêtises.

Marcelline, Auguste et André reviennent sur scène, l'air un peu gêné.
Mélodie:
Ah les voilà!
Catherine:
Qu'est ce que vous avez encore fait?
Marcelline et Auguste: (ensemble)
Nous? Rien!
Robert:
J'espère que vous les avez rattrapé au moins!
Auguste: (ennuyé)
On peut voir les choses comme ça...
Marcelline: (hésitante)
On n'a fait que se défendre, finalement. On peut pas vraiment dire que ce soit mal.
Robert: (las)
Qu'est ce que vous avez fait? André?
André:
Auguste a été obligé de tirer sur Geneviève...
Mélodie:
Qui ça?
Auguste:
Le policier.
Robert le regarde, l'air excédé.
Auguste:
Excusez-moi...
André:
Et bien, Marcelline a blessé Josef Belett, pour me défendre. Je crois qu'il est mort.
Catherine:
Et Benoît Durand? Vous l'avez retrouvé?
Marcelline:
On ne l'a pas vu. Il avait déjà disparu.
Mélodie: (s'exclamant)
Quoi? Alors, qu'est-ce qui va se passer? (réfléchissant) De toutes façons, on va le rattraper, personne ne va l'aider, avec ce qu'il a fait...
Catherine: (dubitative)
ça m'étonnerait. Nous avons gagné cette fois ci, mais les gens n'ont pas vraiment changé. Un autre Benoît Durand peut revenir et tout recommencera...
André: (grandiloquent)
Nous devons nous battre pour éviter que cela ne se reproduise!
Mélodie: (inquiète)
Mais ils nous ont tout pris! Nous n'avons plus rien pour nous battre!
Robert: (rassurant)
Vous vous en sortirez! Il faut reconstruire!
Auguste:
Il faut vous battre pour que la justice vous rende vos droits et reconnaisse ce que vous avez subi.
Catherine:
C'est un combat perdu d'avance!
Auguste:
Non! D'autres ont réussi! En Australie, par exemple, j'ai fais un article sur les aborigènes. Ils n'ont eu le droit de vote que dans les années 60.

FIN


illustrations : photographies du spectacle de Nanterre
par Bouclesdor publié dans : Théâtre
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Mercredi 2 avril 2008
« La maison était enveloppée de silence, comme si la mort avait des pas de velours. On ne faisait pas de bruit. Tout le monde parlait bas. Et moi, je ne pensais qu'à lui. Ses éclats de rire, sa façon de parler. Même les grillons, dehors, imitaient le requete, requete de sa barbe. Je ne pouvais cesser de penser à lui. Maintenant, je savais vraiment ce qu'était la douleur. La douleur, ce n'était pas de se faire battre à s'évanouir. Ce n'était pas de se couper le pied avec un morceau de verre et se faire mettre des points à pharmacie. La douleur, c'était cette chose qui vous brise le coeur et avec laquelle on devait mourir sans pouvoir raconter son secret à personne. Une douleur qui vous laissait sans force dans les bras, dans la tête, sans même le courage de tourner la tête sur le traversin. »



José Mauro de Vasconcelos

Mon bel oranger (p. 227-228, éd. Stock 1971)

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Mercredi 2 avril 2008
"J'écris parce que je n'ai personne à qui parler" Tristan Bernard


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Jeudi 3 avril 2008
Janvier 2007


On s'est rencontré à la gare, tout bêtement, tout simplement. C'était un jour de janvier où il faisait froid, un samedi, le matin. De toutes façons il fait toujours froid en janvier. J'étais presque collée au chauffage de la gare de Rouen. À ce moment précis j'hésitais entre aller m'assoir loin du chauffage parce que je commençais en avoir ras-le-bol et encore je suis polie, ou rester près du chauffage mais loin des sièges. J'étais en train de me représenter le fait de m'assoir par terre pour profiter du chauffage et de la position assise, histoire de se détendre un peu en attendant ce sacré train. Encore une demi heure à attendre... j'hésite... c'est plutôt crade par terre et il n'y a déjà pas grand monde dans la gare, j'ai pas envie que tout le monde me regarde... J'étais donc plongée dans mes profondes réflexions méta-quelque-chose, quand soudain, je l'ai vu... Il était à quelques mètres de moi, je l'ai reconnu tout de suite. C'est lui qui est venu vers moi, je n'aurais jamais osé l'aborder. Il est venu avec un grand sourire : « Salut tu te rapelles de moi? On était dans la même classe au collège ». Si je m'en souviens? Comment aurais-je pu l'oublier? Je me rappelle tout de ces années, bien malgré moi d'ailleurs. Le soir, quand je ferme les yeux, des images me reviennent... Oui, je me rappelle de toi...

Ensuite, on a parlé pendant longtemps, de tout, de rien, de ce qu'il était devenu : un super boulot au ministère de je-ne-sais-pas-trop-quoi, un appartement à Paris, un bon salaire... tiens, et pas de femme? Il venait voir ses parents dans la campagne normande... moi je vivais toujours pas très loin de là où vivaient mes parents... Il m'a demandé mon numéro de téléphone « ce serait bien si on se voyait pendant le week-end... ». Nous nous sommes séparés arrivés à la gare, on venait nous chercher chacun de notre côté. Il m'a fait la bise en partant. J'étais sûre qu'il ne me rapellerait jamais. Mais il m'avait éclairci la journée... Pourtant la journée n'avait pas bien commencé. À Rouen pour des raisons médicales, une visite chez mon ophtalmo préféré, il avait fallu que je reste le vendredi soir chez une vieille grand-tante qui, selon ses dires, s'ennuyait de moi : une vraie corvée... Je n'ai rien de spécial contre elle, mais les personnes âgées ça fout toujours le cafard, surtout elle qui perfidement ne peut s'empêcher de faire une remarque désagréable sur le fait que je ne sois pas encore mariée à 25 ans, et que je devrais peut être m'arranger un peu... Donc ce matin-là, je souffrais d'une grosse frustration de ne pas l'avoir rembarrée, à cela s'ajoutait ce train qui avait je-ne-sais-combien de minutes de retard, voire de dizaines de minutes... et finalement, une rencontre a changé le mauvais karma de cette journée.

Il m'a rappelé le soir même. Quel bonheur d'entendre sa voix au téléphone! Et il m'a invité pour le soir même à aller boire un verre. Trop d'émotions en une seule fois, c'est mauvais pour mes nerfs. Je vais péter les plombs, moi... Une fois le téléphone raccroché, j'ai sauté dans tout l'appartement comme une malade pendant un long moment, d'ailleurs, apparemment trop long pour mes voisins qui se sont rappelés à mon bon souvenir à cette occasion. Du coup, je me suis calmée afin d'éviter d'éventuelles représailles sur mon paillasson ou ma boîte aux lettres. Bah oui, on ne sait jamais avec les voisins... ils peuvent devenir dangereux quand on fait trop de bruit. Suite, à ce bref moment d'euphorie, bon peut être pas si bref que ça, mais bon..., j'ai eu un moment terrible de doute et de questionnement. Comment m'habiller? Cinq minutes après, tout le contenu de mon armoire se retrouvait sur mon lit... la difficulté d'être une femme... j'ai tout retourné pour finir par m'habiller comme tous les jours. J'ai décidé que je rangerais plus tard et j'ai mis le tout en vrac dans mon armoire, avec bien évidemment une chaise devant pour que la porte ne s'ouvre pas en laissant tout son contenu se répandre sur le sol. Après ces doutes purement matériels, je passe la coiffure et les chaussures, parce que c'est du même acabit que les vêtements, sont venus les doutes existentiels sur ce rendez-vous. Après tout, il m'a sûrement invité pour reparler du « bon vieux temps », ou alors il a peur de s'ennuyer chez ses parents. Après tout la campagne normande en hiver, c'est pas ce qu'il y a de plus excitant, surtout pour un parisien... non? Qu'est ce qu'il va penser de moi, d'ailleurs? Il doit avoir l'habitude de rencontrer des femmes beaucoup plus classes...


Jusqu'au dernier moment, j'ai eu peur qu'il ne vienne pas, qu'il oublie ou qu'il ait dit ça comme ça, en l'air. J'ai peut être mal compris. Mais il est venu, je ne l'ai presque pas attendu. Bon, pour lui rendre justice, j'étais prête une demi-heure avant et je suis sortie dix minutes avant l'heure à laquelle il devait venir me chercher. Il est trop mignon, il s'est excusé de m'avoir fait attendre, et il m'a offert des fleurs. Il m'a dit qu'il serait arrivé plus tôt mais qu'il avait du faire un détour pour le fleuriste et qu'il était confus... Des fleurs... personne ne m'offre jamais de fleurs, je suis vraiment en train de rêver, c'est génial, j'espère que je ne vais jamais plus me réveiller. C'est dans la voiture que j'ai osé le regarder un peu. Il était beau, bien habillé... bah oui ça compte... mais pas non plus endimanché... j'ai vérifié, il n'avait aucune marque d'alliance, c'est déjà ça... oui, à force de regarder la télévision, de lire des magasines féminins et des romans à l'eau de rose, il y a des bases que l'on retient du genre vérifier qu'il n'est pas déjà marié... je le questionnerai sur son casier judiciaire quand il aura un peu bu, évidemment, histoire de savoir s'il n'est pas un meurtrier en série et si je ne risque pas de finir éventrée dans son appartement. Il a ri quand je le lui ai dit. Il m'a demandé si j'avais peur de lui. Je lui ai répondu que j'étais prête à prendre le risque, et qu'au pire ça mettrait un peu d'animation dans la campagne et qu'au moins je serais peut être célèbre, j'aurais au moins ma photo dans le Courrier Cauchois et le Paris Normandie. Ça l'a fait rire. C'est bon de l'entendre rire comme ça. J'avais peur de ne rien trouver à dire et de paraître complètement idiote, mais je commence à me détendre.

Il m'a emmené boire un verre, mais on n'est pas allé dans les bars où l'on vont tous les jeunes du coin et ça j'ai aimé, qu'il ne fasse pas comme si on était encore des adolescents. Et on a parlé, parlé, pendant toute la soirée, on a parlé de tout, de rien, de nos vies, on s'est confié des choses qu'on aurait dit à personne d'autre... Il m'a dit que malgré sa réussite, il se sentait seul, très seul, il m'a dit qu'il était content de m'avoir rencontré, il m'a dit qu'on avait vraiment beaucoup de points communs, « C'est drôle, non? Qui l'aurait cru? On s'est ignoré pendant autant de temps? J'ai vraiment l'impression d'être passé à côté de quelque chose... mais finalement peut êtr que ce n'était pas le bon moment... » c'est ce qu'il m'a dit. Ça tombe bien, c'est ce que je voulais entendre... Quelle femme ne serait pas ravie d'entendre ce genre de phrases? Surtout de la part de son amour de jeunesse... Ensuite, il a pris ma main dans la sienne, et m'a dit : « je te raccompagne? ». Ce qu'il a fait. Il est revenu en Normandie, le week-end d'après, et encore deux autres week-ends. C'est ses parents qui ont du être contents, ils ne l'avaient jamais autant vu ces dernières années leur fils... Le jour d'après ce rendez-vous, il m'a embrassé... la suite? Quelle suite? C'est évident, non? Je vais pas tout raconter, j'ai le droit à mes secrets aussi...

C'est vraiment une histoire qui me comble et j'ai vraiment l'impression d'être tombée sur l'homme parfait, celui qui me comprend sans même que j'ai besoin de m'expliquer, celui qui était fait pour moi.La dernière fois, je prenais ma douche et il m'a téléphoné à ce moment là. Je n'ai pas pu lui répondre, et de toutes façons, je n'avais pas entendu le téléphone sonner. Et bien, le temps que je sorte de la douche, que je m'habille, ce qui a du prendre un petit quart d'heure à tout casser, il avait laisser trois messages sur mon répondeur et m'avait appelé cinq fois, pour savoir où j'étais et pourquoi je ne répondais pas. C'est pareil quand il me téléphone, si je ne répond pas, il réessaye juste après au cas où ce serait juste parce que je n'ai pas eu le temps de décrocher... ce qui est quand même le cas une fois sur deux... j'aime qu'il me connaisse assez pour le savoir... j'aime qu'il ne m'en fasse jamais le reproche et qu'il soit heureux de m'entendre au téléphone, même si c'est moi qui l'appelle et que je le dérange à n'importe quelle heure. Une fois, je l'ai appelé à deux heures du matin, je venais de me réveiller et c'était comme si ces derniers mois n'étaient qu'un rêve et quece n'était pas possible que quelqu'un m'aime... au lieu de grogner parce que je l'avais réveillé, ou de rire de ma stupidité, il m'a gentiment rassuré et il m'a proposé de prendre sa journée du lendemain pour venir me voir... c'est homme est vraiment le meilleur, il est d'une compréhension et d'une patience à toutes épreuves.

Quelques mois plus tard, il m'a expliqué : « C'est compliqué pour moi tous ces allers-retours en Normandie...et tu me manques aussi pendant la semaine... Et si tu venais vivre avec moi? ». Sur le moment j'ai cru que mon coeur allait s'arrêter tellement j'étais heureuse. Ça l'a fait rire quand je lui ai dit. Il m'a dit que j'étais vraiment une drôle de fille et que c'est pour ça qu'il m'aimait. Il m'a dit aussi que j'étais vraiment très sensible. J'aime qu'il me comprenne et j'aime qu'il ne se moque pas de moi quand je lui dis que je suis tellemnt heureuse avec lui que des fois j'ai envie de pleurer. J'aime qu'il ne me prenne pas pour une folle alors que des fois j'ai l'impression de perdre l'esprit quand il est à côté de moi. Je l'aime. Je crois que ce jour où il m'a demandé de vivre avec lui restera le plus beau jour de ma vie pour longtemps. C'est vraiment une manière de montrer à tout le monde qu'il m'aime vraiment que c'est une vraie histoire entre nous et pas juste une passade, une relation comme ça en attendant, juste parce qu'on était tous les deux seuls à ce moment et qu'on avait envie d'être avec quelqu'un. C'est vraiment nous, ça n'aurait pas pu être quelqu'un d'autre, c'est une évidence . Pour moi, que personne n'avait jamais regardé, c'était le début de la vie, de la vraie vie... C'était ma revanche...

J'ai souvent cru que ça n'arrivait que dans les contes de fées. Mais, moi ça m'est arrivé en vrai, le garçon dont j'étais amoureuse au collège est venu vers moi des années après et je vais vivre avec lui... Je n'ai pas de mots pour exprimer mon bonheur, chaque fois qu'il s'approche de moi, je encore surprise que ce soit bien moi qu'il cherche, j'ai l'impression qu'il fait une erreur, qu'il se trompe de personne. Mais non, c'est bien moi, c'est bien moi qu'il veut, aussi incroyable que ça puisse paraître... Il était toujours aussi séduisant qu'avant, peut être même plus en fait. Comme ça pourrait être bien de se promener à ses côtés, moi le vilain petit canard. Et oui, j'ai trouvé un super beau mec et je vous emmerde tous et toutes qui m'avez toujours regardé avec votre pitié dégueulasse au fond des yeux. Personne ne pensait qu'un jour, celle à qui personne ne parlait, celle à côté de qui personne ne voulait s'assoir, celle dont personne ne voulait, celle-là trouverait quelqu'un qui veuille d'elle, ou à la rigueur, un pauvre gars aussi pitoyable qu'elle, dont personne n'aurait voulu non plus. On se serait bien amusé à imaginer la tête de leurs éventuels futurs enfants...ça y est, j'ai trouvé quelqu'un qui veuille de moi, quelqu'un pour qui je compte, quelqu'un qui s'inquiète pour moi... et c'est l'homme dont je rêvais. Comment pourrais je être plus heureuse? Que demander de plus? Ça y est je réalise tous mes rêves, je vais enfin pouvoir construire un couple et pourquoi pas plus tard une famille. J'ai la sensation que ça y est j'ai trouvé le bonheur avec cet homme, et je ne suis pas prête de le lâcher. Je ferais tout ce qu'il faut pour que notre couple et notre histoire dure toujours, c'est tellement bon de pouvoir dire nous...



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Samedi 5 avril 2008

Mai 2007


Je rentre du boulanger ce matin, comme presque tous les matins de la semaine. Le week-end, c'est lui qui va chercher le pain et ramène des croissants en même temps. Cela fait un mois que je me suis installée chez lui, et c'est toujours le bonheur. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes comme on dit. J'ai démissionné, de toutes façons mon boulot était nul. Pour l'instant, je ne retravaille pas, mais j'ai de quoi m'occuper, je redécore l'appartement : activité de femme oisive et entretenue, mais j'assume totalement. On voit bien qu'il vivait en célibataire, il ne m'a pas menti... j'ajoute ma touche petit à petit, je m'intègre dans sa vie, dans son paysage, sans rien brusquer, doucement, délicatement. Il est heureux je crois, et moi aussi je suis heureuse. Je prends le courrier dans la boîte aux lettres. C'est une de mes missions, jeter toute la publicité. C'est assez simple, même si des fois, j'ai à faire à des lettres qui sont de la publicité cachée, mais j'ai appris à regarder les tampons et l'expéditeur... C'est pour ça que je l'ai vu toute suite... cette lettre qui venait de notre ancien collège... lieu de notre première rencontre certes, mais lieu que j'aurais préférer oublier... et plus dangereux encore... cette lettre venait plus précisément de l'amicale des anciens élèves de notre ancien collège... la menace se précisait, même si je ne savais pas encore exactement de quoi il s'agissait. Il n'a pas l'air de se souvenir particulièrement de moi à cette époque, mais moi, mes souvenirs sont encore bien présents, et il est absolument hors de question que ma vie d'avant me rattrape aujourd'hui alors que je suis en train de me construire un bonheur parfait. Je ne veux pas être confrontée à se passé et surtout je ne veux pas qu'il me voit telle que j'étais quand j'étais au collège. Je n'ai aucunement l'intention de le faire fuir. Je ne suis pas folle.




J'ai longuement hésité avant de lui donner cette lettre. Cette amicale ne me disait rien qui vaille. Je n'avais aucune envie de reprendre contact avec qui que ce soit, mais je lui ai quand même donné cette satanée lettre, un excès d'honnêteté sans doute. Je n'ai pas voulu lui mentir, pas déjà. Comment se faire confiance après? Et puis, en général, tout fini par se savoir, alors j'aime autant rester irréprochable. Je veux qu'il me fasse confiance comme je lui fais confiance. Je veux que jamais il ne doute de moi, et je ne veux rien faire pour que cela puisse arriver un jour. Je lui ai donc donné la lettre. Et il l'a prise. Et il l'a lue : cette lettre, qui l'invitait comme tous les ans à la réunion des anciens élèves du collège. Et cette année était le dixième anniversaire de notre sortie de cet établissement, d'où forcément une occasion toute particulière. Et ce qui devait arriver arriva, il m'invita à l'accompagner. Pour n'importe quelle autre manifestation, j'en aurais été plus que ravie. Il souhaitait s'afficher avec moi, me présenter comme sa compagne... Mais pourquoi fallait il que ce soit pour ça? Pourquoi? Je ne pouvais pas y aller, ce n'était pas possible, il fallait faire quelque chose. Malheureusement, je ne peux rien lui refuser, et pas plus pour cette fois là. En plus, il était tellement ravie de s'imaginer avec moi là-bas...


C'est à partir de ce moment que je me suis rendue compte que de plus en plus je ne supportais pas qu'il ait une vie en dehors de moi. Je suis jalouse de la moindre seconde qu'il passe à écrire à quelqu'un d'autre que moi, à parler à quelqu'un d'autre que moi, même à penser à quelqu'un d'autre que moi.

Bien sûr, je suis jalouse de toutes les filles qu'il peut rencontrer dans sa vie, que ce soit ses collègues de travail qui passent tellement de temps auprès de lui, ou que ce soit les filles qu'il croise dans la rue, toutes ces filles, ces femmes... L'idée qu'il puisse avoir envie d'une autre que moi m'est douloureuse à un point... Évidemment, elles sont toutes si belles, mieux que moi bien sûr, et je suis certaine que si ce n'est aujourd'hui, un jour il en aura assez de moi, assez d'être toujours avec la même, si terne et si connue finalement. Il n'a même pas besoin de se battre pour m'avoir et il le sait, je ne peux rien lui refuser, je suis toute à lui. Un jour il en aura marre de la facilité, il voudra un défi, il voudra conquérir une femme, il voudra faire des efforts pour qu'elle ait envie de lui.

Mais je ne supporte pas non plus qu'il ait des amis que je ne connaisse pas. Je lui fais confiance, bien sûr, ce n'est pas ça. Ça doit être à moi que je ne fais pas confiance... J'ai peur de chaque moment qu'il passe loin de moi, j'ai peur que cela nous éloigne, que cela l'éloigne de moi. C'est ridicule, mais j'ai peur qu'il m'oublie, j'ai peur que si je ne suis pas à ses côtés, il ne ressente plus la nécessité de ma présence. Je suis idiote, je le sais, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je sais que je vais finir par l'étouffer. Pour l'instant, il ne dit rien, il cède à tous mes caprices, mais jusqu'à quand?


Mais si je ne pouvais le laisser y aller sans moi, je ne pouvais pas non plus laisser cette réunion avoir lieu avec tous ces gens qui ne manqueraient pas de me reconnaître, qui ne manqueraient pas de se souvenir de l'adolescente que j'avais été. Je n'ai aucune envie de me retrouver confrontée à ça alors que j'arrive tout juste à m'en sortir. Je dois empêcher cette réunion d'avoir lieu, et si je ne peux pas empêcher cette réunion, je dois les empêcher d'y venir...


par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Samedi 5 avril 2008

Juin 1997

 

 

Dimanche, un dimanche comme tous les autres depuis ces quatre dernières années... Un dimanche qui file, au fur et à mesure que les heures s'avancent, de plus en plus menaçantes. Comment peut-on aimer le dimanche sachant qu'il ya le lundi après, et toute une énorme semaine à supporter dans ce collège infâme, avec pour seule coupure le mercredi. Le mercredi, où il faut faire semblant, semblant que cette semaine n'est pas aussi horrible que les précédentes, semblant de croire que ça va aller mieux, semblant de s'intégrer... Je n'ai jamais aimé le dimanche et je crois que ce sera toujours pour moi le pire jour de la semaine. Ça pourrait être le meilleur si l'angoisse ne montait pas au fil de la journée. Je me sens de plus en plus mal, la nuit tombe, il sera bientôt l'heure de manger... Après, il faudra aller se coucher et dormir, essayer de dormir sans penser au lendemain... Et surtout, que personne ne voit rien, personne ne doit savoir ce qui se passe que je ne suis pas comme tout le monde, que je n'ai pas plein d'amis, que personne ne me parle jamais... ou si peu et pour dire de telles choses que je préfèrerais qu'ils se taisent tous... pour toujours... Je ne veux pas qu'on le sache, je ne veux pas qu'on ait pitié de moi, ça me fait presque plus mal. Je ne veux pas que mes aprents se rendent compte que je ne suis pas la fille qu'ils auraient espéré. Je veux qu'ils gardent de moi l'image qu'ils ont, une fille qui est heureuse. Je veux que personne ne sache que je suis malheureuse, alors je me cache pour pleurer quand la douleur est trop forte et que je ne peux plus supporter ce que je suis.


Lundi, déjà! Nous y sommes! Comme toutes les filles, je me demande comment m'habiller... pendant quelques minutes... ça dure juste un instant, le temps que je me souvienne que ça n'a pas d'importance. Au mieux, personne ne me regardera, j'arriverais à me faire oublier pour la journée. Ou sinon, je devrais faire semblant de ne pas entendre les rires et les réflexions même pas discrètes... pour me blesser? Je ne sais même pas... Personne à l'arrêt de car : quelques minutes encore de répit pour moi!! Le car arrive... il faut monter dedans. Ils me regardent tous, comme tous les matins, personne ne voudra de moi à côté de lui, comme si j'étais contagieuse, comme si ma disgrâce pouvait se transmettre. En fait, peut être que oui, peut être que je suis contagieuse... Je leur en veux de ne faire aucun effort, aucun geste vers moi... Mes journées se passent toutes comme ça : éviter au maximum de me faire remarquer si je veux éviter les moqueries et les humiliations. Je ne suis pas très belle, j'ai des grosses lunettes, quelques kilos en trop? Même pas... des vêtements pas très sayants c'est tout. Évidemment, j'ai quelques boutons et les cheveux gras, mais j'ai quatorze ans... qui peut dire qu'il est beau à quatorze ans? Qu'est ce que j'ai fait? Pourquoi moi? Qu'est ce que j'ai de moins ou de plus que les autres pour qu'on ne m'aime pas? Pourquoi s'acharnent ils tous contre moi?

 



Aujourd'hui, les filles de ma classe sont venues vers moi, elles ont eu pitié... elles sont venues me chercher sur mon banc et m'ont proposé de venir. J'y ai cru à ce geste, je me suis dit peut être c'est fini, peut être ça y est ma faute est expiée, pardonnée... cruelle désillusion... elles m'ont dit « viens avec nous, ne reste pas toute seule ». Je les ai suivies, c'est en arrivant sur leur banc que les garçons se sont levé, tous ensemble, en même temps, et sont partis vers le banc d'à côté au moment où nous arrivions... les filles ont fait comme si de rien était... peut être elles étaient au courant... peut être elles ont trouvé ça amusant... peut être elles y ont vraiment cru, comme moi, que ça pouvait marcher, sue je pouvais être non pas intégrée au groupe, mais présente avec tout le monde, sansque personne ne se moque... on les a rejoint, et j'ai vu que non, ça n'était pas possible, je resterais comme ça toujours... il m'a dit quelque chose de méchant, peu importe quoi... venant de lui en plus... je suis partie, je ne m'imposerais pas si on ne veut pas de moi... je suis peut être indésirable mais il est hors de question que je m'impose... je ne sais pas le faire de toutes façons, je n'ai pas assez de caractère... je suis blessée quand on se moque... quand on dit quelque chose de méchant...

Je suis partie et personne n'est venu me rechercher, j'ai pleuré, pleuré... je ne suis pas allée manger... je n'aurais pas supporter de les voir riant, parlant entre eux... loin de moi... et puis seule à ma table...

Il faut dire que le système de la cantine scolaire est vraiment nul... on passe par classe, déjà pour ceux qui comme moi sont exclues dans la classe, n'appartiennent pas au même groupe, c'est dur, surtout si on arrive à se faire quelques camarades dans les exclus d'autres classes... il y en a toujours... En plus, on passe par ordre alphabétique. Pourquoi faut-il que je sois la première? Et pourquoi faut-il qu'il y ait ce garçon derrière moi? Celui qui ne veut pas me toucher, celui qui se met à un mètre derrière moi, pour bien me faire sentir que s'il avait le choix, il laisserait sa place... Pourquoi faut-il qu'aujourd'hui il soit encore plus méchant que d'habitude?




Jamais un lieu n'aura autant été aussi douloureux pour moi. Je les hais tous ici, tous ces élèves, ceux qui se moquent, ceux qui m'ignorent, ceux qui font semblant de ne rien voir, ceux que cela amuse... Je hais les enseignants. Aucun n'est capable de comprendre pourquoi j'ai arrêté de travailler, pourquoi je ne m'intéresse plus à leur cours, pourquoi je n'ai plus envie et que je ne fais plus mes devoirs, que je n'apprend plus mes leçons. Putain, est ce si difficile de voir que quelqu'un va mal? Il suffit de lever la tête et de s'intéresser à autre chose que les notes. Mais non, ils préfèrent croire que j'ai des difficultés, que je suis idiote ou paresseuse au choix. La surveillante est la seule à s'être aperçu que tout n'allait pas bien pour moi, doux euphémisme, mais elle ne se rend pas compte que je ne veux pas qu'elle m'aide. Ce n'est pas moi qui ai un problème, tout va bien merci. C'est tout ce collège, toute ma classe qu'il faut aide, c'est eux mon problème. J'essaye de l'éviter au maximum, sinon, elle va encore me demander si ça va chez moi. Je ne peux pas lui répondre, mais je voudrais bien lui dire que tout va bien chez moi, qu'elle ouvre les yeux et qu'elle regarde la façon dont les autres me traitent, il est là le problème, et je n'ai rien fait pour mériter ça... et surtout qu'elle arrête de me demander si j'ai un problème chez moi, et si j'ai un problème avec mes parents... qu'elle les laisse en dehors de tout ça... il y en a plein ici qui ont des problèmes à la maison, et qui n'attendent qu'une oreille attentive et compatissante. Moi je veux juste être traitée comme une fille normale et pas comme un boulet, comme une fille pitoyable, qu'on supporte parce qu'il faut bien et puis de temps en temps si on peut se marrer un peu à ses dépens...


Des fois, j'ai envie qu'il m'arrive quelque chose et qu'ils se sentent coupables tous. Si je me tuais et que je laissais une lettre à leur lire en classe... en fait, je suis sûre qu'ils n'en auraient rien à faire. C'est dommage, ça m'aurait bien plu. Ils penseraient que je suis perturbée et que finalement c'est un soulagement pour tout le monde. Et puis personne ne me pleurerait, je ne manquerait à personne ici. J'ai tout essayé... j'ai essayé de me défendre quand ils se moquaient... j'ai essayé de les ignorer... j'ai essayé de rire avec eux... comme si c'était risible... rien n'a fonctionné, ils ont continué, jusqu'au bout, jusqu'à ce que je n'en puisse plus, jusqu'à ce que je ne le supporte plus... Comment faire pour qu'on m'aime? Vaste question...

 

par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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