Lundi 7 avril 2008
Juin 2007



Bon, ma décision est prise, je vais me débarrasser des gens susceptibles de me reconnaître. Avant tout, soyons méthodique. Je suis quelqu'un de très organisé, c'est une de mes qualités principales. Une bonne organisation est à la clé de nombreuses choses. Quand on veut réussir, il faut s'en donner les moyens. Concrètement, comment vais je m'y prendre? Bon, il faut que je retrouve ma photo de classe de cette année là. Ça devrait être faisable, quand même... J'ai du ranger ça dans une boîte. Après plusieurs heures de recherche, je n'avais toujours pas mis la main dessus. Comment est-possible? Où est cette satanée photo? Soudain j'entendis du bruit, je regardai ma montre. Quoi? Déjà? C'était lui qui rentrait, mon amoureux, et moi j'étais là, assise par terre au milieu de cartons ouverts, renversés pour certains... Il entra et me vit dans cet état. « Mais qu'est ce qui se passe ma chérie? » me demanda-t'il. Mais là, j'eus soudain un éclair de génie. Mais oui cette photo était restée chez mes parents. Je me relevais, joyeuse tout à coup. Il ne dit rien quand je lui expliquai que j'avais besoin d'aller chez mes parents pour le week-end. Il était vraiment très compréhensif, il ne montrait jamais d'impatience face à mes lubies. Il devait se dire que j'étais comme ça, pas très équilibrée. Je l'aimais encore plus de m'aimer malgré tout. Une fois récupérée cette fameuse photo, je m'effondrai à nouveau : comment retrouver les personnes que je cherchais? C'est lui qui me donna la réponse, quand il me précisa qu'il était d'autant plus important qu'il aille à la réunion car il était le trésorier de l'association des anciens élèves. Parfait! Il avait donc quelque part dans ses affaires les coordonnées de tous les anciens élèves... Bon, il fallait maintenant dénicher ces coordonnées, et de manière discrète si possible... J'allais attendre qu'il s'absente et fouiller dans son bureau. Ça ne devait pas être trop dur à trouver. J'imagine que quand on travaille dans un ministère, il y a des choses certainement beaucoup plus confidentielles que les adresses de ses anciens camarades de collège. J'avais raison, la liste était très facile à trouver... posée sur son bureau. Il avait du s'en servir pour faire les comptes récemment.


Au fil des semaines qui passaient, je mettais au point tout mon plan, détail par détail. Je me documentais sur la manière de se débarrasser des personnes gênantes. Après les adresses des anciens élèves de ma classe, il était facile de se procurer toutes sortes d'informations sur eux. Avec Internet, je retrouvais facilement pour la plupart d'entre eux, la profession qu'ils exerçaient, s'ils étaient mariés, s'ils avaient des enfants, bref ce qu'était devenue leur vie. Je décidais de faire la liste des personnes à visiter. Je commencerais par mon ancienne meilleure amis. Je devais savoir si tout était encore évitable, avant de commettre l'iréparable. Je devais savoir si c'était nécessaire de les supprimer. Après tout si personne ne se souvenait, il n'était nul besoin d'agir, il suffirait de feindre de ne rien se rappeler de ces années collège, du genre « Ah bon, on était dans la même classe, je ne me souviens plus... tu es sûre? Le temps passe vite... ». Si la première de la liste ne se rappelait pas de moi, il était encore temps de tout arrêter et de détruire mon plan à jamais. Personne ne serait au courant de ce que j'ai préparé finalement. Je n'en pouvais plus d'espérer que mon visage ne lui rappelle rien. Je décidais donc d'aller la voir au plus vite. Je le jure, la première fois, c'était vraiment pour me protéger que j'y suis allée... j'avais peur qu'elle me reconnaisse si je la croisais à cette réunion d'anciens élèves... et alors, tout aurait recommencé... en fait, elle ne se souvenait pas de moi, ou si comme ça, sans plus, « tiens on était au collège ensemble, c'était sympa, tu te rappelles? »... elle a oublié!!! Comment peut'on oublier quelqu'un qu'on a vu tous les jours pendant des années? Je ne comprends pas. Je garde un souvenir de chaque personne qui a été dans ma classe, que ce soit son nom, son prénom et même son visage pour la plupart. En tous cas, je me souviens de chaque personne de cette classe particulièrement, je me souviens de tous les visages dont aucun n'a jamais été amical pour moi.


Ce que je désirais était arrivé, je ne l'avais pas marqué plus que ça. Normalement j'aurais dû abandonner le plan, j'aurais dû tout arrêter à cet instant où elle ne s'était pas rappelée. Mais je l'ai encore regardée et je me suis rappelé moi...alors j'ai décidé de la tuer... ça n'a pas été si dur que ça... j'avais tellement de soufrance et de haine en moi, ce n'est pas comme si je tuais une innocente... c'est une de ceux qui m'ont rejeté, humilié, rabaissé plus bas que terre... J'aurais pu comprendre qu'elle se soit laissée entrainer, elle n'était pas vraiment méchante, elle... Si elle avait gardé ne serait ce que le début d'un regret, j'aurais pu lui pardonner et tout aurait été évité. Mais là, elle faisait partie des gens qui s'étaient tant moqué de moi pendant des années et qui m'avaient fait souffrir pendant longtemps, très longtemps, pendant toutes ces années après où j'ai cru que je n'étais pas assez bien pour qu'on m'aime, pour qu'on me respecte. J'ai mis des années à me reconstruire, à m'accepter telle que je suis... Oui, des années... J'étais en colère contre elle, parce qu'elle n'avait pas mesuré tout ce mal que qu'elle m'avait fait et parce que ça ne l'avait jamais empêché de dormir ces dix dernières années. J'étais en colère parce que ce qui avait compté pour moi, n'avait pas compté pour elle, parce que c'était moi la victime et que je me sens plus coupable qu'elle et que tout les autres. Oui, je me sens coupable de n'avoir rien fait pour que ça s'arrête, je me sens coupable de ne pas m'être défendu, de les avoir laissé faire. Et pour elle, c'était sans importance, c'était dérisoire même. Comme si mes soufrances n'avaient pas existé, comme si ça n'avait pas compté... et bien pour moi, ça a compté... alors je l'ai tué... je voulais la tuer pour me protéger, je l'ai tuer pour me venger, parce qu'elle m'avait oublié... et c'est là que j'ai décidé... cette réunion n'aurait jamais lieu avec eux... Je vais tous les tuer, tous ceux qui m'ont blessé, même et finalement surtout s'ils ne s'en rappellent pas...


La seconde sur ma liste était la fille populaire de cette classe, celle que tout le monde aimait alors qu'elle n'avait rien de plus que les autres. Elle, elle qui m'avait manipulée, qui avait fait semblant de s'intéresser à moi, elle serait la suivante. Cette fille était machiavélique. Elle s'était servi de moi. Elle le payerait, aujourd'hui. Une de celle que j'ai le plus détestée... une de celle qui m'avait le plus fait souffrir. Aujourd'hui, c'était elle qui allait souffrir. J'en riais d'avance, elle pourrait me supplier, mais non j'exécuterais ma vengeance, froidement, parce que finalement, j'avais toujours su que ça se terminerait comme ça. Elle ne pouvait pas rester impunie. Si la vie s'était chargé d'elle, je ne sais pas, un bel accident de voiture où elle aurait perdu toute sa famille et dont elle serait sortie pas miracle vivante mais tétraplégique... ou non, une maladie incurable, mais qui dure longtemps, une maladie dégénérescente comme une sclérose en plaques... sinon, je me serais contentée d'un mari alcoolique, violent et d'enfants délinquants... Mais non, il a fallu qu'elle ait de la chance, un beau et riche mari, deux enfants beaux et intelligents... il n'y a pas de justice... dans la vraie vie, Cendrillon ne s'en sort pas, ce sont les demi-soeurs qui épousent les princes charmants, qui se marient ou beaucoup d'enfants et roulent en 4X4, pendant que Cendrillon elle finit sa vie toute seule, parce qu'en plus de pas avoir de pognon et d'avoir été maltraitée, elle est moche... bah oui, faut bien une raison pour être le souffre-douleur. Quelque part, ils le cherchent un peu ces vilains petis canards, ça leur permet d'exister, d'expliquer que devenus grands ils fassent une dépression. On leur rend service en les martyrisant... et puis martyriser, c'est un bien grand mots, quelques brimades, ça n'a jamais tuer personne, ça forge le caractère comme on dit...


Aujourd'hui, c'est moi qui vais lui rendre service... je vais la tuer... pour tout ce qu'elle m'a fait cette espèce de garce... et oui, ça me fait rire... de voir comment la situation s'est inversée... sauf qu'aujourd'hui on ne joue plus, c'est pour de vrai, et elle va mourir... c'est vraiment jubilatoire, si elle savait à quel point la situation est jouissive... mais elle le sait, j'avais oublié qu'elle savais ce que c'était de faire souffrir quelqu'un comme ça, sans raison, pour te distraire, parce qu'il était là au mauvais moment, parce que sa tête ne te revenait pas... et bien elle allait crever comme un animal... je serais là pour la regarder jusqu'au bout, pour qu'elle n'en réchappe pas et pour savourer ce moment où moi, la nulle, celle à qui personne ne parlait que pour s'en moquer, et bien là aujourd'hui c'est elle, c'est moi qui ai le pouvoir... c'est moi qui ait la seringue entre les mains... Je vais lui injecter une bulle d'air dans ton sang et elle va mourir... et oui... et personne ne se demandera jamais comment c'est arrivé... personne ne m'attrapera jamais, c'est dommage, hein? Et qu'elle n'imagine même pas que je vivrais rongée par le remords, je serais enfin libérée, je pourrais enfin vivre, vivre...


Le troisième sur la liste c'est lui, lui qui se moquait sans arrêt de moi. Je me souviens de lui riant et me pointant du doigt à travers une vitre. Il riait à chaque fois qu'il me croisait. Un jour, j'étais très malheureuse, tellement malheureuse que j'ai craqué dans la cour du collège, je me suis mise à pleurer. Les larmes coulaient toutes seules le long de mes joues, je ne maîtrisais même plus mon corps. Je me suis mise à marcher dans la cour, à marcher... à déambuler, sans but comme ça, pour ne pas rester toujours au même endroit, pour passer inaperçue. Lui, il m'a vu, et il a rit, j'étais donc risible? Après quand il me croisait il mimait quelqu'un qui pleurait en souvenir de ce jour, ce bon vieux jour... Mais aujourd'hui, il pourrait même pleurer, je ne t'épargnerais pas... j'en ai trop besoin... Mais il ne me fera pas ce plaisir, je le sais. Jusqu'au bout il se montrera méprisant avec moi. Il ne m'en croit pas capable? L'erreur! Il m'a toujours considéré comme une faible, quelqu'un qui se laisse marcher sur les pieds... peut être avait il raison avant. Mais aujourd'hui, il se trompes, il ignore de quoi je suis capable, il ne sait pas encore quelle jouissance je tire de cette vengeance. Oui, j'aime ça, et je crois que je le regretterais un peu quand je les aurais tous tué, ça me manquera, ce sentiment de toute puissance, et ce sentiment du devoir accompli, enfin, justice sera rendue... je serai vengée...


Son erreur a été de me sous-estimer. Il aurait pu s'en sortir sinon, il était bien plus fort que moi, plus grand aussi, mais il ne m'en n'a pas cru capable. Pourtant je le lui ai dit, je l'ai prévenu, je voulais qu'il sache que le gateau était empoisonnée, je voulais qu'il sache qu'il allait mourir, qu'il se rendre compte de tout, qu'il n'ait aucun espoir. Je ne tire même pas de plaisir à le voir souffrir et agoniser à mes pieds, parce que sa mort sera rapide. Je ne peux pas dire qu'il ne sentira rien non plus, et d'ailleurs je m'en moque, je veux juste que lui et tous ses semblables, ses anciens acolytes, disparaissent de la surface de cette planète. J'ai besoin qu'ils ne soient plus là pour oublier toute cette période de soufrance où j'étais une moins-que-rien. Je suis désolée pour eux tous d'une certaine façons, parce que si lui je lui en veux, ce n'est pas le cas pour tous. Pour certains, leur seul tort, c'est d'avoir été passif, d'avoir suivi le troupeau, de ne pas avoir levé le petit doigt pour me défendre... là j'aurais pu me montrer indulgente et les épargner, mais aucun n'a eu ce courage, personne n'est venu à mon aide, et aujourd'hui il est trop tard... »


Quand est ce que j'ai décidé que je finirais par le tuer lui aussi? Je ne sais pas. Au tout début, tout ce passait bien, il m'appelait tous les jours, m'offrait des fleurs, m'invitait au restaurant... Un jour, il a fait quelque chose sans moi, rien d'important, il est allé voir un ami, mais je me suis sentie abandonnée. Un peu après, il a reçu un coup de téléphone, j'étais à côté de lui, il a répondu et je me suis sentie tellement seule, exclue de sa vie. Ce n'était que des riens, des coups de téléphone, des visites à des amis, mais je ne supportais pas qu'il fasse quelque chose sans moi, comme si ça me retirait quelque chose, comme s'il risquait de m'oublier, comme s'il n'avait pas le droit de s'amuser, de vivre sans moi. C'était ça en fait, je ne supportais pas l'idée de ne pas lui être indispensable pour vivre. Pourtant, moi quand il n'était pas là, je n'aspirais qu'à le retrouver, je ne vivais qu'en fonction de lui... S'il vivait notre relation différemment de moi, peut être qu'il ne m'aimait pas vraiment, peut être il était avec moi pour réparer le passé, peut être il était avec moi parce qu'il avait pitié de moi, peut être il était avec moi pour se moquer de moi. Peut être qu'il avait monté tout ça avec les autres, tous ceux qui étaient au collège avec moi et qui m'avaient déjà fait souffrir, peut être cette réunion d'anciens élèves n'était elle qu'un prétexte, peut être était ce un piège, comme dans « Carrie »? Je ne serai pas la victime cette fois ci, je ne les laisserai pas me prendre comme bouc émissaire une nouvelle fois, non, je me défendrai, et la meilleure défense, c'est l'attaque, non? En plus, je me vengerai d'eux par la même occasion... Il sera le dernier, la cerise sur le gâteau...



Finalement, je le savais depuis le début, c'était trop beau pour durer. Mais ce n'est pas lui qui mettra fin à notre histoire, à mon histoire. Plus jamais je ne me laisserai faire, je ne serai plus jamais passive. Aujourd'hui c'est moi qui décide et si je dois être malheureuse, ce ne sera pas à cause de lui, ce ne sera pas sa faute, ce n'est pas lui qui me fera du mal. Plus jamais personne ne me fera de mal. Je suis maître de mon destin. Et il n'y a plus que moi qui puisse décider de me faire du mal, de nous faire du mal...

FIN

illustrations : images de Luis Royo
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Mardi 8 avril 2008
De la triste condition de n'être qu'un narrateur et pas le héros de l'histoire...

Je suis le narrateur. C'est moi qui vais donc vous narrer l'histoire, c'est à dire la raconter. Je précise pour les ignares qui n'auraient pas connaissance de l'existence du verbe narrer. Bref... Je raconte l'histoire donc, cela implique que tous les personnages me racontent leurs actions, bon sur ce point je peux aussi m'arranger pour être présent dans toutes les scènes. Mais ils doivent aussi me raconter tous leurs secrets, leurs états d'âme, oui oui ça veut dire leurs sentiments, leurs pensées aussi. Comment ça? Mais bien sûr que les héros ont des pensées. En tous cas les miens en ont, je ne travaille qu'avec des gens intelligents, moi... Enfin, je dis intelligents, je devrais plutôt dire cultivés, parce qu'honnêtement s'ils étaient vraiment intelligents, ils n'agiraient pas aussi stupidement... Comment ça je suis jaloux? Moi, jaloux des héros, alors là, vous êtes dans l'erreur cher lecteur, je ne suis absolument pas jaloux, je préfère de loin ma vie tranquille à leurs nombreux déboires. Oui, ils subissent forcément les aléas de la vie, les caprices du destin, les viscissitudes de la condition de personnages, les fantaisie de l'écrivain... Oui, il peut m'arriver de me laisser légèrement emporter par ma plume. Non, je n'écris pas à la plume, crétin! C'est une métaphore, une image quoi, j'écris sur mon ordinateur comme tout le monde, je suis moderne. Bref, quand vous aurez fini de m'interrompre bêtement, je pourrais peut être commencer à vous narrer l'histoire de ces susditements évoqués, fort brièvement il est vrai, héros. Comment ça je m'écoute parler? Je ne parle pas, j'écris, cela n'est point comparable. Bon ça va, j'arrête, mais c'est quand même le seul moment de l'histoire où je peux bénéficier de mon heure de gloire. Puisque c'est comme ça je me tais... Je ne dirais plus rien.

illustration : dessin de Sarah Kay


par Bouclesdor publié dans : Texte court
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Mardi 8 avril 2008

« Il s'obligea à garder les yeux ouverts comme ils dévalaient la pente en glissant encore et toujours, et soudain il vit les lumières et il les reconnut. Il savait qu'elles brillaient à travers les fenêtres des maisons, que c'étaient les lumières rouges, bleues et jaunesqui scintillent sur les arrbres dans les lieux où les familles créent et conservent des souvenirs et où elles célèbrent l'amour.

Toujours plus bas, toujours plus vite. Il sut brusquement, avec certitude et avec joie, que là-bas, en bas, ils l'attendaient; et qu'ils attendaient aussi l'enfant. Pour la première fois, il entendit quelque chose qu'il reconnut comme étant de la musique. Il entendit des gens chanter. Derrière lui, à travers l'espace et le temps, comme venue de l'endroit qu'il avait quitté, il lui sembla aussi entendre de la musique. Mais peut être n'était-ce que l'écho. »


Loïs Lowry
Le passeur (p. 287-288, ed. Medium, 1994)


par Bouclesdor publié dans : Citation
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Mercredi 16 avril 2008
« Un drame s'est produit hier soir, dimanche, dans un appartement de la petite ville de X. Il semble que l'on puisse parler de suicide. L'homme s'est en effet tiré une balle dans la tête avec la carabine de son père décédé il y a environ 20 ans. Mais s'agit t'il d'un banal drame de la solitude? Personne ne peut l'affirmer. Cette histoire si simple apparemment repose la question des suicides organisés sur internet. En effet, d'après ses proches, la victime, un homme de trente ans, était très souvent connecté à des chats, forums et autres messageries instantanées sur internet. Peut-on en conclure que cette mort soit due à une influence extérieure? Que faut il faire pour protéger nos proches?
Notre dossier du mois est consacré aux dangers d'internet chez les personnes influençables. Après l'interview des proches de la victime de ce tragique événement, nous aborderons le thème des suicides d'adolescents en série, mais aussi un nouveau phénomène très inquiétant, les sectes sur internet. Aujourd'hui de nombreuses sectes ont un site internet et leurs membres recrutent de plus en plus de nouveaux adeptes via des chats de discussion. Quand on se remémore les suicides de groupe organisés par certaines sectes ces dernières années, on ne peut que frémir devant cette influence grandissante. Enfin, nous terminerons notre dossier par une étude sur les prédateurs sexuels sur internet. »


Des mains tournent les pages du magazine. Les pages tournent, tournent. Elles s'arrêtent soudain.

« Tout a commencé avec cet accident! Pour moi c'est à partir de là que tout a été de travers. Mon petit, il ne s'en est jamais remis. Il faut dire que ça a été terrible, et tellement violent. Physiquement ça a été dur pour lui c'est sûr, mais le moral en a pris un coup aussi. Il s'est senti responsable et même coupable je pense. Comme si il y était pour quelque chose... Je lui ai dit et répété que c'était pas ça faute, qu'il s'était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment et que c'était pas sa faute. C'est vrai, vous savez, c'était pas sa faute! Lui, il y était pour rien! C'était une victime au même titre que la fille... C'est vrai, il a même été blessé! C'est l'autre gars qui était en tort, il avait bu, c'était sa faute! La fille est morte à cause de lui et tout ce qui est arrivé à mon fils, c'est sa faute aussi. C'est lui le responsable! Il devrait payer pour ça aussi! Croyez moi je vais faire ce qu'il faut pour que la justice le reconnaisse responsable et qu'il paye! Je n'avais plus que mon fils dans ma vie et je me battrais pour lui jusqu'au bout! »

« Pour moi c'est une histoire d'amour qui a mal fini. Il s'est entiché d'une nana et quand elle en a eu marre et qu'elle l'a laissé tombé, il a compris qu'elle s'était foutu de sa gueule depuis le début. Il a toujours eu un coeur d'artichaut. C'était un grand romantique, on le vannait assez là dessus... Il attendait que ça « être amoureux ». Il se faisait des films oui! Cette fille, elle le prenait pour un con! C'était évident qu'elle se servait de lui. Et lui il pensait qu'elle était sincère et qu'elle l'aimait... Il disait qu'elle était jeune et que c'était la différence d'âge qui lui faisait peur! Pff! Tu parles! Une belle garce, oui! Elle s'est servi des sentiments qu'il avait pour elle pour rendre jaloux son ex qui s'était barré. Et quand il a appris qu'elle se faisait consolé par quelqu'un d'autre, il est revenu direct! Et elle, même pas un merci, elle s'est barré avec lui, sans rien lui dire. Je l'avais prévenu pourtant, je lui avait dit. Une nana qui parle tout le temps de son ex, c'est pas net. C'est triste parce que c'était vraiment quelqu'un de bien, il aurait pu tomber sur une fille aussi bien que lui, qui le méritait, au lieu de ça il a rencontré la dernière des traînées, une manipulatrice qui l'a bien utilisé! »

« Vous savez, je me dois de m'exprimer avec la plus grande des réserves sur cette malheureuse histoire. Il faut se garder de généraliser bien évidemment. Mais pour ce que j'ai pu m'en rendre compte, internet est au coeur de cet histoire. Il s'agit d'un homme qui n'avait pas beaucoup de contacts extérieurs, on peut pratiquement parler d'une absence de vie sociale. Il ne sortait plus de chez lui depuis plusieurs mois. Il a tellement investi internet, que si vous voulez mon avis, il a eu de plus en plus de difficultés à différencier le réel du virtuel. Malheureusement, ce genre de chose arrive de plus en plus souvent, et c'est le cas typique d'une personne qui était dépendante à internet et aux réseaux sociaux virtuels. Je suis désolé, mais je pense qu'on ne dit pas assez aujourd'hui qu'internet est dangereux. Cela entraine la perte de la vie sociale réelle, le renfermement sur soi même, et progressivement l'arrêt de toutes les activités autres, jusqu'à mettre sa vie en danger, que ce soit en arrêtant de se nourrir et comme l'on vient de le voir dans ce sinistre cas. »

Sa mère, son meilleur ami, son médecin...
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Lundi 21 avril 2008
« N'importe quoi! Que des conneries! »
Olivier ferme doucement les yeux, tout doucement.
Il se rappelle de tout.

Avant, il était souvent sur les routes, parti négocier avec des fournisseurs, parti faire des formations aussi, parti loin de sa petite vie tranquille dans une petite ville de province auprès de sa mère. Elle a toujours été là à ses côtés. Ça lui père un peu des fois à Olivier, mais il y trouve quelques avantages bien pratiques des fois. Elle fait s'occupe de son linge, fait sa lessive et son repassage et tous les dimanches, elle l'invite à manger. Elle est dévouée à son fils Rosalie, il est tout pour elle. Elle ferait bien plus si elle pouvait. Rien ne la rebute, le ménage, les courses, la cuisine, elle ferait tout. Elle l'a toujours fait pour son mari d'abord et quand il est mort pour son fils. Quand son père est mort, Olivier avait dix ans tout juste. Rosalie a repris le magasin de son mari pour Olivier, pour plus tard pour qu'il ait un travail quand il serait grand. Aujourd'hui Olivier est grand, il a trente ans. Il a pris un appartement tout seul il y a quelques années. C'est lui qui s'occupe du magasin. Rosalie vient aides des fois, quand Olivier est en déplacement. Elle s'ennuie un peu, elle n'a plus grand chose à faire de ses journées. Mais elle est satisfaite, son fils a reprit l'affaire et il est resté dans la même ville qu'elle. Elle n'a pas à se plaindre, elle a des connaissances dont les enfants sont partis loin pour trouver du travail, des fois même à l'étranger. Elle a de la chance Rosalie. Mais elle a prévu aussi, elle est tout fait pour qu'il reste, pour se rendre indispensable auprès d'Olivier.

Le dimanche midi Olivier vient manger avec sa mère, il arrive souvent vers 13 heures. Tous les week ends se ressemblent. Le samedi soir il sort avec David, son ami depuis l'école primaire. Ils retrouvent la même bande copains dans le même bar depuis des années maintenant. Ils ont tout fait ensemble. Des fois, David passe même le dimanche après-midi pour prendre le thé avec Olivier et Rosalie, quand il est rentré seul le samedi soir. Ça n'arrive pas souvent, il a du succès avec les femmes David, il ne reste jamais bien longtemps avec la même, mais il ne reste que rarement seul et pas plus d'une semaine. Olivier préfère les histoires plus longues, les filles d'un soir, ça ne l'intéresse pas. David se moque souvent de lui, et l'appelle le romantique. Olivier a l'habitude, mais il s'en moque, il cherche une femme qui vaudra le coup, une femme avec qui il pourra construire sa vie, une femme qu'il aimera pour toujours, à qui il aura envie de faire des enfants. Rosalie les espère depuis tellement de temps ces petits enfants. Elle ne dit rien, mais elle s'inquiète pour son fils. A son âge, il devrait déjà lui avoir présenté une jeune femme. Elle espère que ça arrivera bientôt, elle ne rajeunit pas Rosalie, et elle aimerait avoir le temps d'en profiter au moins un peu. Olivier lui dit qu'il n'a pas le temps de penser à ça avec le travail qu'il y a. Rosalie préfèrerait qu'il pense un peu moins au travail. Mais elle ne se plaint pas, c'est un garçon gentil son Olivier, il vient la voir toutes les semaines, il lui a fait les courses et s'est occupé d'elle il y a deux ans quand elle s'est cassé le bras. C'est juste qu'elle trouve qu'il est un peu renfermé, il ressemble trop à son père.

Tout ça, c'était la vie d'Olivier, la vie d'Olivier avant... avant l'accident.
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Mercredi 23 avril 2008
C'était un samedi. Comme tous les samedis, Olivier et David avait retrouvé la bande au bar. Comme tous les samedis, ils avaient rigolé. Comme tous les samedis, ils avaient discuté devant un verre. Comme tous les samedis, David avait dragué une jeune femme. Et il était reparti avec elle. Vers 2h, Olivier avait décidé de rentrer se coucher, peut être un peu mélancolique, un peu triste d'être encore seul ce samedi, comme tous les samedis. Comme il le dirait plus tard, il n'avait pas bu d'alcool, rien que des jus de fruits. Le début du trajet il n'en garde aucun souvenir, il faisait le même trajet tous les samedis soirs pour rentrer chez lui. Sauf que ce samedi là, il devait rencontrer sur son chemin Clarisse et son petit ami Grégory. C'est Grégory qui conduisait la voiture, Clarisse n'avait pas le permis de conduire, elle n'avait que seize ans. Elle allait commencé la conduite accompagnée d'ici quelques semaines. La voiture était à un stop et Grégory a redémarré sans voir la voiture d'Olivier sur sa droite. Olivier n'a pas pu éviter le choc. Il ne se rappelle presque plus rien ensuite. Il ne se souvient que de cette voiture sur sa gauche qui arrivait de nulle part et de son pied sur la pédale de frein. Et de la douleur dans sa jambe, cette douleur qui, il ne le savait pas encore, allait l'accompagner pendant de longs mois. Il a entendu les sirènes, il ne sait même pas qui a prévenu les gendarmes et les pompiers, mais quand il s'est réveillé, il était à l'hôpital.

Il a pu reconstituer ce qui c'était passé ce soir là avec l'aide des récits de Rosalie et de David qui a bien voulu lui apporter les coupures de journaux relatant l'accident. Dans l'autre voiture, la jeune fille, Clarisse, était morte en arrivant à l'hôpital et le jeune homme n'avait pratiquement rien eu. L'enquête avait montré qu'il était complètement responsable de l'accident. Il avait grillé un stop et il avait un taux d'alccol trop important dans le sang. Clarisse était la petite fille d'une amie de Rosalie. C'est comme ça qu'Olivier a su les détails de l'histoire. Elle venait de se disputer avec son petit ami. La grand-mère de Clarisse avait confié à Rosalie que cette relation ne plaisait pas aux parents de la petite. Le jeune homme était plus âgé, un peu violent et Clarisse était malheureuse ces derniers temps. Pour elle c'était clair, ce garçon se servait de sa petite-fille et à cause de lui elle était morte. Même en sachant tout cela, Olivier ne pouvait s'empêcher de penser que si lui n'avait pas été là, à cet endroit, à ce moment, sur cette route, rien de tout cela ne se serait passé. Cette route n'était pas tellement fréquenté et même en grillant le stop, ils n'auraient pas dû être percutés. D'ailleurs, Olivier l'avait déjà grillé ce stop, et lui il était encore là, vivant, juste avec cette jambe qui lui faisait tellement mal. Il le savait lui olivier que si elle était morte c'est de la collision avec sa voiture à lui. Dans ses rêves, la nuit, il voyait le choc contre la voiture. Il voyait sa voiture écraser une jeune fille assise sur le siège passager de l'autre voiture. Il en pleurait Olivier. D'autant plus qu'il était incapable de se souvenir à quoi ressemblait cette Clarisse qu'il avait pourtant déjà dû croiser plusieurs fois.

Et tout ça a continué encore, les douleurs dans la jambe, les cauchemards... jusqu'à ce que l'hôpital le renvoit chez lui... et même après encore.

Rosalie a tout pris en main pour que le retour d'Olivier chez lui se passe le mieux possible. Elle a décidé de se charger de tout pour qu'il n'ait plus rien à faire et qu'il puisse se rétablir au plus vite. Elle est dévouée Rosalie, elle ferait tou pour son fils, elle n'a que lui. Au fond d'elle même, elle ne peut s'empêcher de se sentir satisfaite de la situation. Elle redevient une maman qui s'occupe de son petit garçon. Olivier n'est pas encore comlètement guéri, c'est pour ça qu'une infirmière vient régulièrement lui faire des soins à la maison. Olivier a encore mal à la jambe, mais elle dit qu'il est presque guéri. Un autre qui vient souvent le voir, c'est David son meilleur ami. Il se sent un peu coupable aussi. Il n'est venu voir Olivier à l'hôpital que le lundi, après avoir passé le dimanche aulit avec sa conquête du samedi soir. Il se dit que ça aurait pu être lui à la place d'Olivier ce soir là, sur cette route là. Mais David prend la vie comme elle vient, il ne ressasse pas ces pensées toute la journée. Il sait qu'on n'y peut rien, qu'il faut accepter les choses telles qu'elles sont et que de toutes façons, on ne peut pas revenir sur le passé. Et puis il travaille, David, il continue à sortir aussi, moins souvent qu'avec Olivier parce que c'est plus terne. La bande d'amis paraît un peu vide sans lui. D'ailleurs toute la bande est venue voir Olivier. Il s'est rendu compte qu'il avait plus d'amis que ce qu'il pensait. Mais ça ne lui remonte pas le moral, il s'ennuie tout seul toute la journée. David vient souvent, mais il travaille, et Rosalie est souvent à la boutique.

Les jours passent, et Olivier déprime. Il a toujours mal malgré les soins de Mélanie, l'infirmière. Il ne peut pas se lever de son lit. Il s'ennuit malgré la présence de Rosalie et les visites régulières de David. Il se sent inutile, il a l'impression d'être un poids. Les amis du début viennent moins souvent. La vie continue autour de lui.
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Samedi 26 avril 2008
C'est sa mère qui a finalement trouvé une solution. Elle a acheté un ordinateur portable pour qu'Olivier puisse reprendre le travail de son lit. Il pourra même aller sur Internet avec. Rosalie est assez contente d'elle. C'est David qui lui a donné l'idée en discutant avec elle. Tout le monde est ravi, même Olivier, lui qui ne s'enthousiasme pas pour grand chose depuis l'accident. C'est enfin quelque chose qu'il peut faire tout seul. Il va pouvoir faire des achats, discuter de choses et d'autres, jouer, bref faire tout ce qu'il veut sans demander à personne. C'est vrai que sa mère est gentille, dévouée et ne dit rien, mais à trente ans être obligé de lui demander pour tout, c'est une sacrée régression. Olivier est soulagé, il va pouvoir retrouver une partie de son indépendance. Enfin quelque chose de positif dans sa vie, il était temps. Les mois d'immobilité ont compté double, voire triple pour lui. Il a l'impression de revivre. Il sourit. C'est amusant comme un petit rien comme ça peut lui remonter le moral. Il va revivre enfin, et pour commencer dès que tout le monde sera parti de sa chambre, il se mettre un bon film porno, le genre de chose qu'il n'aurait pas demandé à sa mère... Chacun est soulagé, sa mère, son meilleur ami, son infirmière...
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Mercredi 30 avril 2008
Après avoir expérimenté plusieurs jeux, acheté quelques objets plus ou moins utiles, Internet a perdu un peu de son attrait pour Olivier. Encore une fois c'est David, son meilleur ami, qui lui a donné la solution. Internet c'est un moyen de communication, mais c'est aussi un moyen de rencontrer des nouvelles personnes. Il n'est pas obligé de rester à échanger avec les gens qu'il connait déjà, il peut faire de nouvelles connaissances, et partager autour de sujets, de passions communes. C'est comme ça qu'Olivier s'est inscrit sur des forums, des forums de tout et n'importe quoi. Après tout quand on s'ennuie... il s'est inscrit sur un forum d'automobile, un forum de guitare, et d'autres encore. Il en a découvert de nouveaux auxquels il s'est inscrit très régulièrement. C'est très valorisant d'arriver sur un forum, tout le monde lui souhaite la bienvenue et l'encourage à poster. Les gens sont curieux et lui demandent ce qu'il fai dans la vie, quel âge il a... Mais tout cela ne dure qu'un temps, jusqu'à ce qu'arrive un autre nouveau. Après, Olivier a trouvé plusieurs techniques pour s'intégrer. Tout ça dépend bien sûr de la nature même du forum, à savoir si c'est un forum de discussion ou un forum spécialisé, mais globalement, une technique qui marche c'est poster, poster et encore poster. Il faut y passer du temps et répondre à des sujets dont on se moque tel l'anniversaire d'un membre qu'on ne connaît même pas. Mais, de cette façon, on montre qu'on est là, et plus on poste, plus les gens vous répondent, jusqu'à ce que s'installent des petites blagues entre vous, les mêmes petites blagues qui sont insupportables pour ceux qui arrivent. En plus Olivier il a le temps, il n'a que ça à faire, il ne rate rien de ce qui se passe. Il a le temps de répondre à tous les posts.

Ça a duré comme ça quelques mois. Et un jour , sur un forum, Olivier a rencontré Théa. C'est un forum de lecture, un forum où l'on parle de ce qu'on lit, on fait des critiques de livres et on donne son avis sur d'autres critiques. On fait la liste des livres que l'on a acheté, de ceux que l'on va acheter, de ceux que l'on voudrait bien acheter et enfin de ceux qu'on va lire quand on aura le temps. Olivier est inscrit sur ce forum depuis plusieurs mois déjà, il a bien noué quelques sympathies, mais rien de bien exaltant. Il faut dire qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes et leurs conversations sur les enfants, les travaux ménagers et le mari, compagnon ou autre, Olivier ça ne l'intéresse pas vraiment. Mais Olivier aime bien ce forum. Il a toujours bien aimé lire, mais depuis l'accident il a plus de temps. En plus, la plupart des amis qui sont venus le voir lui ont offert une boîte de chocolats et un bouquin. Il a pu complèter sa culture rapidement. Maintenant il lit beaucoup, enfin quand il n'est pas sur Internet. En fait, pour tout dire, il a beaucoup lu au début, avant d'avoir l'ordinateur, quand il n'avait rien d'autre à faire. Il a rattrapé toutes ces années où il n'a pas eu le temps. Maintenant, dans sa vie, il y a la lecture, l'ordinateur et Théa...
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Mardi 20 mai 2008
Je suis confuse. Etant occupée ces derniers temps (surtout les week ends, mais bon bref), je n'ai pas eu ni le temps ni l'inspiration pour poster quoi que ce soit sur ce blog. En fait, pour être honnête, ce n'est pas tant le fit de poster que d'écrire la suite de ce que j'ai commencé (en l'occurence, "Oliver"). D'ailleurs si je fais cet article c'est parce que je n'ai pas eu le temps encore de l'écrire. Mais comme je ne veux pas laisser un blog vide, je vais poster un petit texte issu d'un petit concours sur le forum écrire (voir dans les lien).  Je m'attelle dès maintenant à rédiger de nouveaux textes.

Je vous poste donc le petit texte sur le printemps que j'ai rédigé. En fait l'idée d'écrire sur le printemps m'est venue après une remarque de quelqu'un sur le fait que mes textes n'étaient pas très gais. Du coup j'ai eu envie d'écrire sur des choses un peu plus optimistes. J'espère que j'ai réussi à faire passer autre chose que tristesse, colère et drame.
par Bouclesdor
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Mardi 20 mai 2008
Thème : le printemps

Contrainte : entre 100 et 500 mots


Elise est rentrée de l'école toute joyeuse et impatiente. « Demain c'est le printemps » a dit la maîtresse. Elise a hâte d'être à demain. Tout aura changé, elle en est sûre. La pluie et la grisaille qui assombrissent tout auront disparu. Il y aura un grand soleil dans le ciel qui sera bleu. C'est obligé, il fait beau au printemps. Et l'herbe sera toute verte avec des fleurs partout. Elise sourit en contemplant son dîner. Son papa ne dit rien. Pour une fois qu'elle mange sans rechigner. Elle a joué tranquillement dans sa chambre depuis qu'elle est rentrée de l'école. Pas un bruit. Et maintenant, elle va se coucher tout aussi tranquillement. Le papa d'Elise ne se demande pas ce qui arrive à sa fille, elle qui est toujours si bavarde. Il profite simplement de ce moment de calme. Il est fatigué il a beaucoup travaillé aujourd'hui. Elise s'endort le sourire aux lèvres, elle va rêver du printemps.

Le matin, Elise se réveille tôt. Elle est toute excitée. C'est aujourd'hui. Elle approche sa petite chaise de la fenêtre. Elle monte dessus. Elle écarte le rideau. Il pleut. Ce n'est pas possible. Aujourd'hui c'est le printemps. Elle lache le rideau, l'écarte de nouveau. L'herbe est pareille qu'hier, il n'y a pas de fleurs. Tout est pareil qu'hier. Rien n'a changé. Mais que se passe t'il? La maîtresse ne s'est pas trompé quand même.

Elise dévale l'escalier et cherche son papa. Il boit son café dans la cuisine. Il est encore tôt pour une petite fille. C'est ce qu'il dit quand il la voit arriver en chemise de nuit dans l'encadrement de la porte.

« Papa, c'est le printemps aujourd'hui? demande t'elle

- Mais oui ma puce, répond distraitement le papa

- Pourquoi il pleut alors ? Et pourquoi il y a pas de fleurs partout ? »

Le papa d'Elise relève la tête vers sa petite fille.

« Mais qu'est ce qui se passe ma chérie? demande t'il

- La maîtresse a dit que c'est le printemps aujourd'hui, mais tout est pareil qu'hier, répond Elise, la mine boudeuse d'une petite fille qui se retient de pleurer. »

Le papa d'Elise se baisse et s'accroupit devant elle. Tout doucement il lui parle, il lui explique que le printemps est une saison et qu'elle s'installe lentement. Il luit dit qu'aujourd'hui elle ne voit pas la différence, mais que dans un mois la nature aura changé. Il lui raconte les fleurs, les animaux. Il lui sourit maintenant.

« On va aller s'habiller ma puce... et on n'oublie pas le ciré et les bottes », lui dit-il.

Elise est prête. Son papa a téléphoné au travail, il ne pourra pas venir aujourd'hui. Sa fille est malade. Le papa prend Elise par la main, et ils sortent sous le crachin. Il va lui montrer les fleurs en boutons qui bientôt écloront, les petits animaux qui viennent de naître, le début du printemps...


« C'est en croyant aux roses qu'on les fait éclore » Anatole France

« Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir » Matisse

 

par Bouclesdor publié dans : Texte court
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