Juin 1997
Dimanche, un dimanche comme tous les autres depuis ces quatre dernières années... Un dimanche qui file, au fur et à mesure que les heures s'avancent, de plus en plus menaçantes. Comment peut-on aimer le dimanche sachant qu'il ya le lundi après, et toute une énorme semaine à supporter dans ce collège infâme, avec pour seule coupure le mercredi. Le mercredi, où il faut faire semblant, semblant que cette semaine n'est pas aussi horrible que les précédentes, semblant de croire que ça va aller mieux, semblant de s'intégrer... Je n'ai jamais aimé le dimanche et je crois que ce sera toujours pour moi le pire jour de la semaine. Ça pourrait être le meilleur si l'angoisse ne montait pas au fil de la journée. Je me sens de plus en plus mal, la nuit tombe, il sera bientôt l'heure de manger... Après, il faudra aller se coucher et dormir, essayer de dormir sans penser au lendemain... Et surtout, que personne ne voit rien, personne ne doit savoir ce qui se passe que je ne suis pas comme tout le monde, que je n'ai pas plein d'amis, que personne ne me parle jamais... ou si peu et pour dire de telles choses que je préfèrerais qu'ils se taisent tous... pour toujours... Je ne veux pas qu'on le sache, je ne veux pas qu'on ait pitié de moi, ça me fait presque plus mal. Je ne veux pas que mes aprents se rendent compte que je ne suis pas la fille qu'ils auraient espéré. Je veux qu'ils gardent de moi l'image qu'ils ont, une fille qui est heureuse. Je veux que personne ne sache que je suis malheureuse, alors je me cache pour pleurer quand la douleur est trop forte et que je ne peux plus supporter ce que je suis.
Lundi, déjà! Nous y sommes! Comme toutes les filles, je me demande comment m'habiller... pendant quelques minutes... ça dure juste un instant, le temps que je me souvienne que ça n'a pas d'importance. Au mieux, personne ne me regardera, j'arriverais à me faire oublier pour la journée. Ou sinon, je devrais faire semblant de ne pas entendre les rires et les réflexions même pas discrètes... pour me blesser? Je ne sais même pas... Personne à l'arrêt de car : quelques minutes encore de répit pour moi!! Le car arrive... il faut monter dedans. Ils me regardent tous, comme tous les matins, personne ne voudra de moi à côté de lui, comme si j'étais contagieuse, comme si ma disgrâce pouvait se transmettre. En fait, peut être que oui, peut être que je suis contagieuse... Je leur en veux de ne faire aucun effort, aucun geste vers moi... Mes journées se passent toutes comme ça : éviter au maximum de me faire remarquer si je veux éviter les moqueries et les humiliations. Je ne suis pas très belle, j'ai des grosses lunettes, quelques kilos en trop? Même pas... des vêtements pas très sayants c'est tout. Évidemment, j'ai quelques boutons et les cheveux gras, mais j'ai quatorze ans... qui peut dire qu'il est beau à quatorze ans? Qu'est ce que j'ai fait? Pourquoi moi? Qu'est ce que j'ai de moins ou de plus que les autres pour qu'on ne m'aime pas? Pourquoi s'acharnent ils tous contre moi?

Je suis partie et personne n'est venu me rechercher, j'ai pleuré, pleuré... je ne suis pas allée manger... je n'aurais pas supporter de les voir riant, parlant entre eux... loin de moi... et puis seule à ma table...
Il faut dire que le système de la cantine scolaire est vraiment nul... on passe par classe, déjà pour ceux qui comme moi sont exclues dans la classe, n'appartiennent pas au même groupe, c'est dur, surtout si on arrive à se faire quelques camarades dans les exclus d'autres classes... il y en a toujours... En plus, on passe par ordre alphabétique. Pourquoi faut-il que je sois la première? Et pourquoi faut-il qu'il y ait ce garçon derrière moi? Celui qui ne veut pas me toucher, celui qui se met à un mètre derrière moi, pour bien me faire sentir que s'il avait le choix, il laisserait sa place... Pourquoi faut-il qu'aujourd'hui il soit encore plus méchant que d'habitude?

Des fois, j'ai envie qu'il m'arrive quelque chose et qu'ils se sentent coupables tous. Si je me tuais et que je laissais une lettre à leur lire en classe... en fait, je suis sûre qu'ils n'en auraient rien à faire. C'est dommage, ça m'aurait bien plu. Ils penseraient que je suis perturbée et que finalement c'est un soulagement pour tout le monde. Et puis personne ne me pleurerait, je ne manquerait à personne ici. J'ai tout essayé... j'ai essayé de me défendre quand ils se moquaient... j'ai essayé de les ignorer... j'ai essayé de rire avec eux... comme si c'était risible... rien n'a fonctionné, ils ont continué, jusqu'au bout, jusqu'à ce que je n'en puisse plus, jusqu'à ce que je ne le supporte plus... Comment faire pour qu'on m'aime? Vaste question...
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