De la triste condition de n'être qu'un narrateur et pas le héros de
l'histoire...
Je suis le narrateur. C'est moi qui vais donc vous narrer l'histoire, c'est à dire la raconter. Je précise pour les ignares qui n'auraient pas connaissance
de l'existence du verbe narrer. Bref... Je raconte l'histoire donc, cela implique que tous les personnages me racontent leurs actions, bon sur ce point je peux aussi m'arranger pour être
présent dans toutes les scènes. Mais ils doivent aussi me raconter tous leurs secrets, leurs états d'âme, oui oui ça veut dire leurs sentiments, leurs pensées aussi. Comment ça? Mais bien sûr
que les héros ont des pensées. En tous cas les miens en ont, je ne travaille qu'avec des gens intelligents, moi... Enfin, je dis intelligents, je devrais plutôt dire cultivés, parce
qu'honnêtement s'ils étaient vraiment intelligents, ils n'agiraient pas aussi stupidement... Comment ça je suis jaloux? Moi, jaloux des héros, alors là, vous êtes dans l'erreur cher lecteur, je
ne suis absolument pas jaloux, je préfère de loin ma vie tranquille à leurs nombreux déboires. Oui, ils subissent forcément les aléas de la vie, les caprices du destin, les viscissitudes de la
condition de personnages, les fantaisie de l'écrivain... Oui, il peut m'arriver de me laisser légèrement emporter par ma plume. Non, je n'écris pas à la plume, crétin! C'est une métaphore, une
image quoi, j'écris sur mon ordinateur comme tout le monde, je suis moderne. Bref, quand vous aurez fini de m'interrompre bêtement, je pourrais peut être commencer à vous narrer l'histoire de
ces susditements évoqués, fort brièvement il est vrai, héros. Comment ça je m'écoute parler? Je ne parle pas, j'écris, cela n'est point comparable. Bon ça va, j'arrête, mais c'est quand même le
seul moment de l'histoire où je peux bénéficier de mon heure de gloire. Puisque c'est comme ça je me tais... Je ne dirais plus rien.
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