Jeudi 3 avril 2008
Janvier 2007


On s'est rencontré à la gare, tout bêtement, tout simplement. C'était un jour de janvier où il faisait froid, un samedi, le matin. De toutes façons il fait toujours froid en janvier. J'étais presque collée au chauffage de la gare de Rouen. À ce moment précis j'hésitais entre aller m'assoir loin du chauffage parce que je commençais en avoir ras-le-bol et encore je suis polie, ou rester près du chauffage mais loin des sièges. J'étais en train de me représenter le fait de m'assoir par terre pour profiter du chauffage et de la position assise, histoire de se détendre un peu en attendant ce sacré train. Encore une demi heure à attendre... j'hésite... c'est plutôt crade par terre et il n'y a déjà pas grand monde dans la gare, j'ai pas envie que tout le monde me regarde... J'étais donc plongée dans mes profondes réflexions méta-quelque-chose, quand soudain, je l'ai vu... Il était à quelques mètres de moi, je l'ai reconnu tout de suite. C'est lui qui est venu vers moi, je n'aurais jamais osé l'aborder. Il est venu avec un grand sourire : « Salut tu te rapelles de moi? On était dans la même classe au collège ». Si je m'en souviens? Comment aurais-je pu l'oublier? Je me rappelle tout de ces années, bien malgré moi d'ailleurs. Le soir, quand je ferme les yeux, des images me reviennent... Oui, je me rappelle de toi...

Ensuite, on a parlé pendant longtemps, de tout, de rien, de ce qu'il était devenu : un super boulot au ministère de je-ne-sais-pas-trop-quoi, un appartement à Paris, un bon salaire... tiens, et pas de femme? Il venait voir ses parents dans la campagne normande... moi je vivais toujours pas très loin de là où vivaient mes parents... Il m'a demandé mon numéro de téléphone « ce serait bien si on se voyait pendant le week-end... ». Nous nous sommes séparés arrivés à la gare, on venait nous chercher chacun de notre côté. Il m'a fait la bise en partant. J'étais sûre qu'il ne me rapellerait jamais. Mais il m'avait éclairci la journée... Pourtant la journée n'avait pas bien commencé. À Rouen pour des raisons médicales, une visite chez mon ophtalmo préféré, il avait fallu que je reste le vendredi soir chez une vieille grand-tante qui, selon ses dires, s'ennuyait de moi : une vraie corvée... Je n'ai rien de spécial contre elle, mais les personnes âgées ça fout toujours le cafard, surtout elle qui perfidement ne peut s'empêcher de faire une remarque désagréable sur le fait que je ne sois pas encore mariée à 25 ans, et que je devrais peut être m'arranger un peu... Donc ce matin-là, je souffrais d'une grosse frustration de ne pas l'avoir rembarrée, à cela s'ajoutait ce train qui avait je-ne-sais-combien de minutes de retard, voire de dizaines de minutes... et finalement, une rencontre a changé le mauvais karma de cette journée.

Il m'a rappelé le soir même. Quel bonheur d'entendre sa voix au téléphone! Et il m'a invité pour le soir même à aller boire un verre. Trop d'émotions en une seule fois, c'est mauvais pour mes nerfs. Je vais péter les plombs, moi... Une fois le téléphone raccroché, j'ai sauté dans tout l'appartement comme une malade pendant un long moment, d'ailleurs, apparemment trop long pour mes voisins qui se sont rappelés à mon bon souvenir à cette occasion. Du coup, je me suis calmée afin d'éviter d'éventuelles représailles sur mon paillasson ou ma boîte aux lettres. Bah oui, on ne sait jamais avec les voisins... ils peuvent devenir dangereux quand on fait trop de bruit. Suite, à ce bref moment d'euphorie, bon peut être pas si bref que ça, mais bon..., j'ai eu un moment terrible de doute et de questionnement. Comment m'habiller? Cinq minutes après, tout le contenu de mon armoire se retrouvait sur mon lit... la difficulté d'être une femme... j'ai tout retourné pour finir par m'habiller comme tous les jours. J'ai décidé que je rangerais plus tard et j'ai mis le tout en vrac dans mon armoire, avec bien évidemment une chaise devant pour que la porte ne s'ouvre pas en laissant tout son contenu se répandre sur le sol. Après ces doutes purement matériels, je passe la coiffure et les chaussures, parce que c'est du même acabit que les vêtements, sont venus les doutes existentiels sur ce rendez-vous. Après tout, il m'a sûrement invité pour reparler du « bon vieux temps », ou alors il a peur de s'ennuyer chez ses parents. Après tout la campagne normande en hiver, c'est pas ce qu'il y a de plus excitant, surtout pour un parisien... non? Qu'est ce qu'il va penser de moi, d'ailleurs? Il doit avoir l'habitude de rencontrer des femmes beaucoup plus classes...


Jusqu'au dernier moment, j'ai eu peur qu'il ne vienne pas, qu'il oublie ou qu'il ait dit ça comme ça, en l'air. J'ai peut être mal compris. Mais il est venu, je ne l'ai presque pas attendu. Bon, pour lui rendre justice, j'étais prête une demi-heure avant et je suis sortie dix minutes avant l'heure à laquelle il devait venir me chercher. Il est trop mignon, il s'est excusé de m'avoir fait attendre, et il m'a offert des fleurs. Il m'a dit qu'il serait arrivé plus tôt mais qu'il avait du faire un détour pour le fleuriste et qu'il était confus... Des fleurs... personne ne m'offre jamais de fleurs, je suis vraiment en train de rêver, c'est génial, j'espère que je ne vais jamais plus me réveiller. C'est dans la voiture que j'ai osé le regarder un peu. Il était beau, bien habillé... bah oui ça compte... mais pas non plus endimanché... j'ai vérifié, il n'avait aucune marque d'alliance, c'est déjà ça... oui, à force de regarder la télévision, de lire des magasines féminins et des romans à l'eau de rose, il y a des bases que l'on retient du genre vérifier qu'il n'est pas déjà marié... je le questionnerai sur son casier judiciaire quand il aura un peu bu, évidemment, histoire de savoir s'il n'est pas un meurtrier en série et si je ne risque pas de finir éventrée dans son appartement. Il a ri quand je le lui ai dit. Il m'a demandé si j'avais peur de lui. Je lui ai répondu que j'étais prête à prendre le risque, et qu'au pire ça mettrait un peu d'animation dans la campagne et qu'au moins je serais peut être célèbre, j'aurais au moins ma photo dans le Courrier Cauchois et le Paris Normandie. Ça l'a fait rire. C'est bon de l'entendre rire comme ça. J'avais peur de ne rien trouver à dire et de paraître complètement idiote, mais je commence à me détendre.

Il m'a emmené boire un verre, mais on n'est pas allé dans les bars où l'on vont tous les jeunes du coin et ça j'ai aimé, qu'il ne fasse pas comme si on était encore des adolescents. Et on a parlé, parlé, pendant toute la soirée, on a parlé de tout, de rien, de nos vies, on s'est confié des choses qu'on aurait dit à personne d'autre... Il m'a dit que malgré sa réussite, il se sentait seul, très seul, il m'a dit qu'il était content de m'avoir rencontré, il m'a dit qu'on avait vraiment beaucoup de points communs, « C'est drôle, non? Qui l'aurait cru? On s'est ignoré pendant autant de temps? J'ai vraiment l'impression d'être passé à côté de quelque chose... mais finalement peut êtr que ce n'était pas le bon moment... » c'est ce qu'il m'a dit. Ça tombe bien, c'est ce que je voulais entendre... Quelle femme ne serait pas ravie d'entendre ce genre de phrases? Surtout de la part de son amour de jeunesse... Ensuite, il a pris ma main dans la sienne, et m'a dit : « je te raccompagne? ». Ce qu'il a fait. Il est revenu en Normandie, le week-end d'après, et encore deux autres week-ends. C'est ses parents qui ont du être contents, ils ne l'avaient jamais autant vu ces dernières années leur fils... Le jour d'après ce rendez-vous, il m'a embrassé... la suite? Quelle suite? C'est évident, non? Je vais pas tout raconter, j'ai le droit à mes secrets aussi...

C'est vraiment une histoire qui me comble et j'ai vraiment l'impression d'être tombée sur l'homme parfait, celui qui me comprend sans même que j'ai besoin de m'expliquer, celui qui était fait pour moi.La dernière fois, je prenais ma douche et il m'a téléphoné à ce moment là. Je n'ai pas pu lui répondre, et de toutes façons, je n'avais pas entendu le téléphone sonner. Et bien, le temps que je sorte de la douche, que je m'habille, ce qui a du prendre un petit quart d'heure à tout casser, il avait laisser trois messages sur mon répondeur et m'avait appelé cinq fois, pour savoir où j'étais et pourquoi je ne répondais pas. C'est pareil quand il me téléphone, si je ne répond pas, il réessaye juste après au cas où ce serait juste parce que je n'ai pas eu le temps de décrocher... ce qui est quand même le cas une fois sur deux... j'aime qu'il me connaisse assez pour le savoir... j'aime qu'il ne m'en fasse jamais le reproche et qu'il soit heureux de m'entendre au téléphone, même si c'est moi qui l'appelle et que je le dérange à n'importe quelle heure. Une fois, je l'ai appelé à deux heures du matin, je venais de me réveiller et c'était comme si ces derniers mois n'étaient qu'un rêve et quece n'était pas possible que quelqu'un m'aime... au lieu de grogner parce que je l'avais réveillé, ou de rire de ma stupidité, il m'a gentiment rassuré et il m'a proposé de prendre sa journée du lendemain pour venir me voir... c'est homme est vraiment le meilleur, il est d'une compréhension et d'une patience à toutes épreuves.

Quelques mois plus tard, il m'a expliqué : « C'est compliqué pour moi tous ces allers-retours en Normandie...et tu me manques aussi pendant la semaine... Et si tu venais vivre avec moi? ». Sur le moment j'ai cru que mon coeur allait s'arrêter tellement j'étais heureuse. Ça l'a fait rire quand je lui ai dit. Il m'a dit que j'étais vraiment une drôle de fille et que c'est pour ça qu'il m'aimait. Il m'a dit aussi que j'étais vraiment très sensible. J'aime qu'il me comprenne et j'aime qu'il ne se moque pas de moi quand je lui dis que je suis tellemnt heureuse avec lui que des fois j'ai envie de pleurer. J'aime qu'il ne me prenne pas pour une folle alors que des fois j'ai l'impression de perdre l'esprit quand il est à côté de moi. Je l'aime. Je crois que ce jour où il m'a demandé de vivre avec lui restera le plus beau jour de ma vie pour longtemps. C'est vraiment une manière de montrer à tout le monde qu'il m'aime vraiment que c'est une vraie histoire entre nous et pas juste une passade, une relation comme ça en attendant, juste parce qu'on était tous les deux seuls à ce moment et qu'on avait envie d'être avec quelqu'un. C'est vraiment nous, ça n'aurait pas pu être quelqu'un d'autre, c'est une évidence . Pour moi, que personne n'avait jamais regardé, c'était le début de la vie, de la vraie vie... C'était ma revanche...

J'ai souvent cru que ça n'arrivait que dans les contes de fées. Mais, moi ça m'est arrivé en vrai, le garçon dont j'étais amoureuse au collège est venu vers moi des années après et je vais vivre avec lui... Je n'ai pas de mots pour exprimer mon bonheur, chaque fois qu'il s'approche de moi, je encore surprise que ce soit bien moi qu'il cherche, j'ai l'impression qu'il fait une erreur, qu'il se trompe de personne. Mais non, c'est bien moi, c'est bien moi qu'il veut, aussi incroyable que ça puisse paraître... Il était toujours aussi séduisant qu'avant, peut être même plus en fait. Comme ça pourrait être bien de se promener à ses côtés, moi le vilain petit canard. Et oui, j'ai trouvé un super beau mec et je vous emmerde tous et toutes qui m'avez toujours regardé avec votre pitié dégueulasse au fond des yeux. Personne ne pensait qu'un jour, celle à qui personne ne parlait, celle à côté de qui personne ne voulait s'assoir, celle dont personne ne voulait, celle-là trouverait quelqu'un qui veuille d'elle, ou à la rigueur, un pauvre gars aussi pitoyable qu'elle, dont personne n'aurait voulu non plus. On se serait bien amusé à imaginer la tête de leurs éventuels futurs enfants...ça y est, j'ai trouvé quelqu'un qui veuille de moi, quelqu'un pour qui je compte, quelqu'un qui s'inquiète pour moi... et c'est l'homme dont je rêvais. Comment pourrais je être plus heureuse? Que demander de plus? Ça y est je réalise tous mes rêves, je vais enfin pouvoir construire un couple et pourquoi pas plus tard une famille. J'ai la sensation que ça y est j'ai trouvé le bonheur avec cet homme, et je ne suis pas prête de le lâcher. Je ferais tout ce qu'il faut pour que notre couple et notre histoire dure toujours, c'est tellement bon de pouvoir dire nous...



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Samedi 5 avril 2008

Mai 2007


Je rentre du boulanger ce matin, comme presque tous les matins de la semaine. Le week-end, c'est lui qui va chercher le pain et ramène des croissants en même temps. Cela fait un mois que je me suis installée chez lui, et c'est toujours le bonheur. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes comme on dit. J'ai démissionné, de toutes façons mon boulot était nul. Pour l'instant, je ne retravaille pas, mais j'ai de quoi m'occuper, je redécore l'appartement : activité de femme oisive et entretenue, mais j'assume totalement. On voit bien qu'il vivait en célibataire, il ne m'a pas menti... j'ajoute ma touche petit à petit, je m'intègre dans sa vie, dans son paysage, sans rien brusquer, doucement, délicatement. Il est heureux je crois, et moi aussi je suis heureuse. Je prends le courrier dans la boîte aux lettres. C'est une de mes missions, jeter toute la publicité. C'est assez simple, même si des fois, j'ai à faire à des lettres qui sont de la publicité cachée, mais j'ai appris à regarder les tampons et l'expéditeur... C'est pour ça que je l'ai vu toute suite... cette lettre qui venait de notre ancien collège... lieu de notre première rencontre certes, mais lieu que j'aurais préférer oublier... et plus dangereux encore... cette lettre venait plus précisément de l'amicale des anciens élèves de notre ancien collège... la menace se précisait, même si je ne savais pas encore exactement de quoi il s'agissait. Il n'a pas l'air de se souvenir particulièrement de moi à cette époque, mais moi, mes souvenirs sont encore bien présents, et il est absolument hors de question que ma vie d'avant me rattrape aujourd'hui alors que je suis en train de me construire un bonheur parfait. Je ne veux pas être confrontée à se passé et surtout je ne veux pas qu'il me voit telle que j'étais quand j'étais au collège. Je n'ai aucunement l'intention de le faire fuir. Je ne suis pas folle.




J'ai longuement hésité avant de lui donner cette lettre. Cette amicale ne me disait rien qui vaille. Je n'avais aucune envie de reprendre contact avec qui que ce soit, mais je lui ai quand même donné cette satanée lettre, un excès d'honnêteté sans doute. Je n'ai pas voulu lui mentir, pas déjà. Comment se faire confiance après? Et puis, en général, tout fini par se savoir, alors j'aime autant rester irréprochable. Je veux qu'il me fasse confiance comme je lui fais confiance. Je veux que jamais il ne doute de moi, et je ne veux rien faire pour que cela puisse arriver un jour. Je lui ai donc donné la lettre. Et il l'a prise. Et il l'a lue : cette lettre, qui l'invitait comme tous les ans à la réunion des anciens élèves du collège. Et cette année était le dixième anniversaire de notre sortie de cet établissement, d'où forcément une occasion toute particulière. Et ce qui devait arriver arriva, il m'invita à l'accompagner. Pour n'importe quelle autre manifestation, j'en aurais été plus que ravie. Il souhaitait s'afficher avec moi, me présenter comme sa compagne... Mais pourquoi fallait il que ce soit pour ça? Pourquoi? Je ne pouvais pas y aller, ce n'était pas possible, il fallait faire quelque chose. Malheureusement, je ne peux rien lui refuser, et pas plus pour cette fois là. En plus, il était tellement ravie de s'imaginer avec moi là-bas...


C'est à partir de ce moment que je me suis rendue compte que de plus en plus je ne supportais pas qu'il ait une vie en dehors de moi. Je suis jalouse de la moindre seconde qu'il passe à écrire à quelqu'un d'autre que moi, à parler à quelqu'un d'autre que moi, même à penser à quelqu'un d'autre que moi.

Bien sûr, je suis jalouse de toutes les filles qu'il peut rencontrer dans sa vie, que ce soit ses collègues de travail qui passent tellement de temps auprès de lui, ou que ce soit les filles qu'il croise dans la rue, toutes ces filles, ces femmes... L'idée qu'il puisse avoir envie d'une autre que moi m'est douloureuse à un point... Évidemment, elles sont toutes si belles, mieux que moi bien sûr, et je suis certaine que si ce n'est aujourd'hui, un jour il en aura assez de moi, assez d'être toujours avec la même, si terne et si connue finalement. Il n'a même pas besoin de se battre pour m'avoir et il le sait, je ne peux rien lui refuser, je suis toute à lui. Un jour il en aura marre de la facilité, il voudra un défi, il voudra conquérir une femme, il voudra faire des efforts pour qu'elle ait envie de lui.

Mais je ne supporte pas non plus qu'il ait des amis que je ne connaisse pas. Je lui fais confiance, bien sûr, ce n'est pas ça. Ça doit être à moi que je ne fais pas confiance... J'ai peur de chaque moment qu'il passe loin de moi, j'ai peur que cela nous éloigne, que cela l'éloigne de moi. C'est ridicule, mais j'ai peur qu'il m'oublie, j'ai peur que si je ne suis pas à ses côtés, il ne ressente plus la nécessité de ma présence. Je suis idiote, je le sais, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je sais que je vais finir par l'étouffer. Pour l'instant, il ne dit rien, il cède à tous mes caprices, mais jusqu'à quand?


Mais si je ne pouvais le laisser y aller sans moi, je ne pouvais pas non plus laisser cette réunion avoir lieu avec tous ces gens qui ne manqueraient pas de me reconnaître, qui ne manqueraient pas de se souvenir de l'adolescente que j'avais été. Je n'ai aucune envie de me retrouver confrontée à ça alors que j'arrive tout juste à m'en sortir. Je dois empêcher cette réunion d'avoir lieu, et si je ne peux pas empêcher cette réunion, je dois les empêcher d'y venir...


par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Samedi 5 avril 2008

Juin 1997

 

 

Dimanche, un dimanche comme tous les autres depuis ces quatre dernières années... Un dimanche qui file, au fur et à mesure que les heures s'avancent, de plus en plus menaçantes. Comment peut-on aimer le dimanche sachant qu'il ya le lundi après, et toute une énorme semaine à supporter dans ce collège infâme, avec pour seule coupure le mercredi. Le mercredi, où il faut faire semblant, semblant que cette semaine n'est pas aussi horrible que les précédentes, semblant de croire que ça va aller mieux, semblant de s'intégrer... Je n'ai jamais aimé le dimanche et je crois que ce sera toujours pour moi le pire jour de la semaine. Ça pourrait être le meilleur si l'angoisse ne montait pas au fil de la journée. Je me sens de plus en plus mal, la nuit tombe, il sera bientôt l'heure de manger... Après, il faudra aller se coucher et dormir, essayer de dormir sans penser au lendemain... Et surtout, que personne ne voit rien, personne ne doit savoir ce qui se passe que je ne suis pas comme tout le monde, que je n'ai pas plein d'amis, que personne ne me parle jamais... ou si peu et pour dire de telles choses que je préfèrerais qu'ils se taisent tous... pour toujours... Je ne veux pas qu'on le sache, je ne veux pas qu'on ait pitié de moi, ça me fait presque plus mal. Je ne veux pas que mes aprents se rendent compte que je ne suis pas la fille qu'ils auraient espéré. Je veux qu'ils gardent de moi l'image qu'ils ont, une fille qui est heureuse. Je veux que personne ne sache que je suis malheureuse, alors je me cache pour pleurer quand la douleur est trop forte et que je ne peux plus supporter ce que je suis.


Lundi, déjà! Nous y sommes! Comme toutes les filles, je me demande comment m'habiller... pendant quelques minutes... ça dure juste un instant, le temps que je me souvienne que ça n'a pas d'importance. Au mieux, personne ne me regardera, j'arriverais à me faire oublier pour la journée. Ou sinon, je devrais faire semblant de ne pas entendre les rires et les réflexions même pas discrètes... pour me blesser? Je ne sais même pas... Personne à l'arrêt de car : quelques minutes encore de répit pour moi!! Le car arrive... il faut monter dedans. Ils me regardent tous, comme tous les matins, personne ne voudra de moi à côté de lui, comme si j'étais contagieuse, comme si ma disgrâce pouvait se transmettre. En fait, peut être que oui, peut être que je suis contagieuse... Je leur en veux de ne faire aucun effort, aucun geste vers moi... Mes journées se passent toutes comme ça : éviter au maximum de me faire remarquer si je veux éviter les moqueries et les humiliations. Je ne suis pas très belle, j'ai des grosses lunettes, quelques kilos en trop? Même pas... des vêtements pas très sayants c'est tout. Évidemment, j'ai quelques boutons et les cheveux gras, mais j'ai quatorze ans... qui peut dire qu'il est beau à quatorze ans? Qu'est ce que j'ai fait? Pourquoi moi? Qu'est ce que j'ai de moins ou de plus que les autres pour qu'on ne m'aime pas? Pourquoi s'acharnent ils tous contre moi?

 



Aujourd'hui, les filles de ma classe sont venues vers moi, elles ont eu pitié... elles sont venues me chercher sur mon banc et m'ont proposé de venir. J'y ai cru à ce geste, je me suis dit peut être c'est fini, peut être ça y est ma faute est expiée, pardonnée... cruelle désillusion... elles m'ont dit « viens avec nous, ne reste pas toute seule ». Je les ai suivies, c'est en arrivant sur leur banc que les garçons se sont levé, tous ensemble, en même temps, et sont partis vers le banc d'à côté au moment où nous arrivions... les filles ont fait comme si de rien était... peut être elles étaient au courant... peut être elles ont trouvé ça amusant... peut être elles y ont vraiment cru, comme moi, que ça pouvait marcher, sue je pouvais être non pas intégrée au groupe, mais présente avec tout le monde, sansque personne ne se moque... on les a rejoint, et j'ai vu que non, ça n'était pas possible, je resterais comme ça toujours... il m'a dit quelque chose de méchant, peu importe quoi... venant de lui en plus... je suis partie, je ne m'imposerais pas si on ne veut pas de moi... je suis peut être indésirable mais il est hors de question que je m'impose... je ne sais pas le faire de toutes façons, je n'ai pas assez de caractère... je suis blessée quand on se moque... quand on dit quelque chose de méchant...

Je suis partie et personne n'est venu me rechercher, j'ai pleuré, pleuré... je ne suis pas allée manger... je n'aurais pas supporter de les voir riant, parlant entre eux... loin de moi... et puis seule à ma table...

Il faut dire que le système de la cantine scolaire est vraiment nul... on passe par classe, déjà pour ceux qui comme moi sont exclues dans la classe, n'appartiennent pas au même groupe, c'est dur, surtout si on arrive à se faire quelques camarades dans les exclus d'autres classes... il y en a toujours... En plus, on passe par ordre alphabétique. Pourquoi faut-il que je sois la première? Et pourquoi faut-il qu'il y ait ce garçon derrière moi? Celui qui ne veut pas me toucher, celui qui se met à un mètre derrière moi, pour bien me faire sentir que s'il avait le choix, il laisserait sa place... Pourquoi faut-il qu'aujourd'hui il soit encore plus méchant que d'habitude?




Jamais un lieu n'aura autant été aussi douloureux pour moi. Je les hais tous ici, tous ces élèves, ceux qui se moquent, ceux qui m'ignorent, ceux qui font semblant de ne rien voir, ceux que cela amuse... Je hais les enseignants. Aucun n'est capable de comprendre pourquoi j'ai arrêté de travailler, pourquoi je ne m'intéresse plus à leur cours, pourquoi je n'ai plus envie et que je ne fais plus mes devoirs, que je n'apprend plus mes leçons. Putain, est ce si difficile de voir que quelqu'un va mal? Il suffit de lever la tête et de s'intéresser à autre chose que les notes. Mais non, ils préfèrent croire que j'ai des difficultés, que je suis idiote ou paresseuse au choix. La surveillante est la seule à s'être aperçu que tout n'allait pas bien pour moi, doux euphémisme, mais elle ne se rend pas compte que je ne veux pas qu'elle m'aide. Ce n'est pas moi qui ai un problème, tout va bien merci. C'est tout ce collège, toute ma classe qu'il faut aide, c'est eux mon problème. J'essaye de l'éviter au maximum, sinon, elle va encore me demander si ça va chez moi. Je ne peux pas lui répondre, mais je voudrais bien lui dire que tout va bien chez moi, qu'elle ouvre les yeux et qu'elle regarde la façon dont les autres me traitent, il est là le problème, et je n'ai rien fait pour mériter ça... et surtout qu'elle arrête de me demander si j'ai un problème chez moi, et si j'ai un problème avec mes parents... qu'elle les laisse en dehors de tout ça... il y en a plein ici qui ont des problèmes à la maison, et qui n'attendent qu'une oreille attentive et compatissante. Moi je veux juste être traitée comme une fille normale et pas comme un boulet, comme une fille pitoyable, qu'on supporte parce qu'il faut bien et puis de temps en temps si on peut se marrer un peu à ses dépens...


Des fois, j'ai envie qu'il m'arrive quelque chose et qu'ils se sentent coupables tous. Si je me tuais et que je laissais une lettre à leur lire en classe... en fait, je suis sûre qu'ils n'en auraient rien à faire. C'est dommage, ça m'aurait bien plu. Ils penseraient que je suis perturbée et que finalement c'est un soulagement pour tout le monde. Et puis personne ne me pleurerait, je ne manquerait à personne ici. J'ai tout essayé... j'ai essayé de me défendre quand ils se moquaient... j'ai essayé de les ignorer... j'ai essayé de rire avec eux... comme si c'était risible... rien n'a fonctionné, ils ont continué, jusqu'au bout, jusqu'à ce que je n'en puisse plus, jusqu'à ce que je ne le supporte plus... Comment faire pour qu'on m'aime? Vaste question...

 

par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Lundi 7 avril 2008
Juin 2007



Bon, ma décision est prise, je vais me débarrasser des gens susceptibles de me reconnaître. Avant tout, soyons méthodique. Je suis quelqu'un de très organisé, c'est une de mes qualités principales. Une bonne organisation est à la clé de nombreuses choses. Quand on veut réussir, il faut s'en donner les moyens. Concrètement, comment vais je m'y prendre? Bon, il faut que je retrouve ma photo de classe de cette année là. Ça devrait être faisable, quand même... J'ai du ranger ça dans une boîte. Après plusieurs heures de recherche, je n'avais toujours pas mis la main dessus. Comment est-possible? Où est cette satanée photo? Soudain j'entendis du bruit, je regardai ma montre. Quoi? Déjà? C'était lui qui rentrait, mon amoureux, et moi j'étais là, assise par terre au milieu de cartons ouverts, renversés pour certains... Il entra et me vit dans cet état. « Mais qu'est ce qui se passe ma chérie? » me demanda-t'il. Mais là, j'eus soudain un éclair de génie. Mais oui cette photo était restée chez mes parents. Je me relevais, joyeuse tout à coup. Il ne dit rien quand je lui expliquai que j'avais besoin d'aller chez mes parents pour le week-end. Il était vraiment très compréhensif, il ne montrait jamais d'impatience face à mes lubies. Il devait se dire que j'étais comme ça, pas très équilibrée. Je l'aimais encore plus de m'aimer malgré tout. Une fois récupérée cette fameuse photo, je m'effondrai à nouveau : comment retrouver les personnes que je cherchais? C'est lui qui me donna la réponse, quand il me précisa qu'il était d'autant plus important qu'il aille à la réunion car il était le trésorier de l'association des anciens élèves. Parfait! Il avait donc quelque part dans ses affaires les coordonnées de tous les anciens élèves... Bon, il fallait maintenant dénicher ces coordonnées, et de manière discrète si possible... J'allais attendre qu'il s'absente et fouiller dans son bureau. Ça ne devait pas être trop dur à trouver. J'imagine que quand on travaille dans un ministère, il y a des choses certainement beaucoup plus confidentielles que les adresses de ses anciens camarades de collège. J'avais raison, la liste était très facile à trouver... posée sur son bureau. Il avait du s'en servir pour faire les comptes récemment.


Au fil des semaines qui passaient, je mettais au point tout mon plan, détail par détail. Je me documentais sur la manière de se débarrasser des personnes gênantes. Après les adresses des anciens élèves de ma classe, il était facile de se procurer toutes sortes d'informations sur eux. Avec Internet, je retrouvais facilement pour la plupart d'entre eux, la profession qu'ils exerçaient, s'ils étaient mariés, s'ils avaient des enfants, bref ce qu'était devenue leur vie. Je décidais de faire la liste des personnes à visiter. Je commencerais par mon ancienne meilleure amis. Je devais savoir si tout était encore évitable, avant de commettre l'iréparable. Je devais savoir si c'était nécessaire de les supprimer. Après tout si personne ne se souvenait, il n'était nul besoin d'agir, il suffirait de feindre de ne rien se rappeler de ces années collège, du genre « Ah bon, on était dans la même classe, je ne me souviens plus... tu es sûre? Le temps passe vite... ». Si la première de la liste ne se rappelait pas de moi, il était encore temps de tout arrêter et de détruire mon plan à jamais. Personne ne serait au courant de ce que j'ai préparé finalement. Je n'en pouvais plus d'espérer que mon visage ne lui rappelle rien. Je décidais donc d'aller la voir au plus vite. Je le jure, la première fois, c'était vraiment pour me protéger que j'y suis allée... j'avais peur qu'elle me reconnaisse si je la croisais à cette réunion d'anciens élèves... et alors, tout aurait recommencé... en fait, elle ne se souvenait pas de moi, ou si comme ça, sans plus, « tiens on était au collège ensemble, c'était sympa, tu te rappelles? »... elle a oublié!!! Comment peut'on oublier quelqu'un qu'on a vu tous les jours pendant des années? Je ne comprends pas. Je garde un souvenir de chaque personne qui a été dans ma classe, que ce soit son nom, son prénom et même son visage pour la plupart. En tous cas, je me souviens de chaque personne de cette classe particulièrement, je me souviens de tous les visages dont aucun n'a jamais été amical pour moi.


Ce que je désirais était arrivé, je ne l'avais pas marqué plus que ça. Normalement j'aurais dû abandonner le plan, j'aurais dû tout arrêter à cet instant où elle ne s'était pas rappelée. Mais je l'ai encore regardée et je me suis rappelé moi...alors j'ai décidé de la tuer... ça n'a pas été si dur que ça... j'avais tellement de soufrance et de haine en moi, ce n'est pas comme si je tuais une innocente... c'est une de ceux qui m'ont rejeté, humilié, rabaissé plus bas que terre... J'aurais pu comprendre qu'elle se soit laissée entrainer, elle n'était pas vraiment méchante, elle... Si elle avait gardé ne serait ce que le début d'un regret, j'aurais pu lui pardonner et tout aurait été évité. Mais là, elle faisait partie des gens qui s'étaient tant moqué de moi pendant des années et qui m'avaient fait souffrir pendant longtemps, très longtemps, pendant toutes ces années après où j'ai cru que je n'étais pas assez bien pour qu'on m'aime, pour qu'on me respecte. J'ai mis des années à me reconstruire, à m'accepter telle que je suis... Oui, des années... J'étais en colère contre elle, parce qu'elle n'avait pas mesuré tout ce mal que qu'elle m'avait fait et parce que ça ne l'avait jamais empêché de dormir ces dix dernières années. J'étais en colère parce que ce qui avait compté pour moi, n'avait pas compté pour elle, parce que c'était moi la victime et que je me sens plus coupable qu'elle et que tout les autres. Oui, je me sens coupable de n'avoir rien fait pour que ça s'arrête, je me sens coupable de ne pas m'être défendu, de les avoir laissé faire. Et pour elle, c'était sans importance, c'était dérisoire même. Comme si mes soufrances n'avaient pas existé, comme si ça n'avait pas compté... et bien pour moi, ça a compté... alors je l'ai tué... je voulais la tuer pour me protéger, je l'ai tuer pour me venger, parce qu'elle m'avait oublié... et c'est là que j'ai décidé... cette réunion n'aurait jamais lieu avec eux... Je vais tous les tuer, tous ceux qui m'ont blessé, même et finalement surtout s'ils ne s'en rappellent pas...


La seconde sur ma liste était la fille populaire de cette classe, celle que tout le monde aimait alors qu'elle n'avait rien de plus que les autres. Elle, elle qui m'avait manipulée, qui avait fait semblant de s'intéresser à moi, elle serait la suivante. Cette fille était machiavélique. Elle s'était servi de moi. Elle le payerait, aujourd'hui. Une de celle que j'ai le plus détestée... une de celle qui m'avait le plus fait souffrir. Aujourd'hui, c'était elle qui allait souffrir. J'en riais d'avance, elle pourrait me supplier, mais non j'exécuterais ma vengeance, froidement, parce que finalement, j'avais toujours su que ça se terminerait comme ça. Elle ne pouvait pas rester impunie. Si la vie s'était chargé d'elle, je ne sais pas, un bel accident de voiture où elle aurait perdu toute sa famille et dont elle serait sortie pas miracle vivante mais tétraplégique... ou non, une maladie incurable, mais qui dure longtemps, une maladie dégénérescente comme une sclérose en plaques... sinon, je me serais contentée d'un mari alcoolique, violent et d'enfants délinquants... Mais non, il a fallu qu'elle ait de la chance, un beau et riche mari, deux enfants beaux et intelligents... il n'y a pas de justice... dans la vraie vie, Cendrillon ne s'en sort pas, ce sont les demi-soeurs qui épousent les princes charmants, qui se marient ou beaucoup d'enfants et roulent en 4X4, pendant que Cendrillon elle finit sa vie toute seule, parce qu'en plus de pas avoir de pognon et d'avoir été maltraitée, elle est moche... bah oui, faut bien une raison pour être le souffre-douleur. Quelque part, ils le cherchent un peu ces vilains petis canards, ça leur permet d'exister, d'expliquer que devenus grands ils fassent une dépression. On leur rend service en les martyrisant... et puis martyriser, c'est un bien grand mots, quelques brimades, ça n'a jamais tuer personne, ça forge le caractère comme on dit...


Aujourd'hui, c'est moi qui vais lui rendre service... je vais la tuer... pour tout ce qu'elle m'a fait cette espèce de garce... et oui, ça me fait rire... de voir comment la situation s'est inversée... sauf qu'aujourd'hui on ne joue plus, c'est pour de vrai, et elle va mourir... c'est vraiment jubilatoire, si elle savait à quel point la situation est jouissive... mais elle le sait, j'avais oublié qu'elle savais ce que c'était de faire souffrir quelqu'un comme ça, sans raison, pour te distraire, parce qu'il était là au mauvais moment, parce que sa tête ne te revenait pas... et bien elle allait crever comme un animal... je serais là pour la regarder jusqu'au bout, pour qu'elle n'en réchappe pas et pour savourer ce moment où moi, la nulle, celle à qui personne ne parlait que pour s'en moquer, et bien là aujourd'hui c'est elle, c'est moi qui ai le pouvoir... c'est moi qui ait la seringue entre les mains... Je vais lui injecter une bulle d'air dans ton sang et elle va mourir... et oui... et personne ne se demandera jamais comment c'est arrivé... personne ne m'attrapera jamais, c'est dommage, hein? Et qu'elle n'imagine même pas que je vivrais rongée par le remords, je serais enfin libérée, je pourrais enfin vivre, vivre...


Le troisième sur la liste c'est lui, lui qui se moquait sans arrêt de moi. Je me souviens de lui riant et me pointant du doigt à travers une vitre. Il riait à chaque fois qu'il me croisait. Un jour, j'étais très malheureuse, tellement malheureuse que j'ai craqué dans la cour du collège, je me suis mise à pleurer. Les larmes coulaient toutes seules le long de mes joues, je ne maîtrisais même plus mon corps. Je me suis mise à marcher dans la cour, à marcher... à déambuler, sans but comme ça, pour ne pas rester toujours au même endroit, pour passer inaperçue. Lui, il m'a vu, et il a rit, j'étais donc risible? Après quand il me croisait il mimait quelqu'un qui pleurait en souvenir de ce jour, ce bon vieux jour... Mais aujourd'hui, il pourrait même pleurer, je ne t'épargnerais pas... j'en ai trop besoin... Mais il ne me fera pas ce plaisir, je le sais. Jusqu'au bout il se montrera méprisant avec moi. Il ne m'en croit pas capable? L'erreur! Il m'a toujours considéré comme une faible, quelqu'un qui se laisse marcher sur les pieds... peut être avait il raison avant. Mais aujourd'hui, il se trompes, il ignore de quoi je suis capable, il ne sait pas encore quelle jouissance je tire de cette vengeance. Oui, j'aime ça, et je crois que je le regretterais un peu quand je les aurais tous tué, ça me manquera, ce sentiment de toute puissance, et ce sentiment du devoir accompli, enfin, justice sera rendue... je serai vengée...


Son erreur a été de me sous-estimer. Il aurait pu s'en sortir sinon, il était bien plus fort que moi, plus grand aussi, mais il ne m'en n'a pas cru capable. Pourtant je le lui ai dit, je l'ai prévenu, je voulais qu'il sache que le gateau était empoisonnée, je voulais qu'il sache qu'il allait mourir, qu'il se rendre compte de tout, qu'il n'ait aucun espoir. Je ne tire même pas de plaisir à le voir souffrir et agoniser à mes pieds, parce que sa mort sera rapide. Je ne peux pas dire qu'il ne sentira rien non plus, et d'ailleurs je m'en moque, je veux juste que lui et tous ses semblables, ses anciens acolytes, disparaissent de la surface de cette planète. J'ai besoin qu'ils ne soient plus là pour oublier toute cette période de soufrance où j'étais une moins-que-rien. Je suis désolée pour eux tous d'une certaine façons, parce que si lui je lui en veux, ce n'est pas le cas pour tous. Pour certains, leur seul tort, c'est d'avoir été passif, d'avoir suivi le troupeau, de ne pas avoir levé le petit doigt pour me défendre... là j'aurais pu me montrer indulgente et les épargner, mais aucun n'a eu ce courage, personne n'est venu à mon aide, et aujourd'hui il est trop tard... »


Quand est ce que j'ai décidé que je finirais par le tuer lui aussi? Je ne sais pas. Au tout début, tout ce passait bien, il m'appelait tous les jours, m'offrait des fleurs, m'invitait au restaurant... Un jour, il a fait quelque chose sans moi, rien d'important, il est allé voir un ami, mais je me suis sentie abandonnée. Un peu après, il a reçu un coup de téléphone, j'étais à côté de lui, il a répondu et je me suis sentie tellement seule, exclue de sa vie. Ce n'était que des riens, des coups de téléphone, des visites à des amis, mais je ne supportais pas qu'il fasse quelque chose sans moi, comme si ça me retirait quelque chose, comme s'il risquait de m'oublier, comme s'il n'avait pas le droit de s'amuser, de vivre sans moi. C'était ça en fait, je ne supportais pas l'idée de ne pas lui être indispensable pour vivre. Pourtant, moi quand il n'était pas là, je n'aspirais qu'à le retrouver, je ne vivais qu'en fonction de lui... S'il vivait notre relation différemment de moi, peut être qu'il ne m'aimait pas vraiment, peut être il était avec moi pour réparer le passé, peut être il était avec moi parce qu'il avait pitié de moi, peut être il était avec moi pour se moquer de moi. Peut être qu'il avait monté tout ça avec les autres, tous ceux qui étaient au collège avec moi et qui m'avaient déjà fait souffrir, peut être cette réunion d'anciens élèves n'était elle qu'un prétexte, peut être était ce un piège, comme dans « Carrie »? Je ne serai pas la victime cette fois ci, je ne les laisserai pas me prendre comme bouc émissaire une nouvelle fois, non, je me défendrai, et la meilleure défense, c'est l'attaque, non? En plus, je me vengerai d'eux par la même occasion... Il sera le dernier, la cerise sur le gâteau...



Finalement, je le savais depuis le début, c'était trop beau pour durer. Mais ce n'est pas lui qui mettra fin à notre histoire, à mon histoire. Plus jamais je ne me laisserai faire, je ne serai plus jamais passive. Aujourd'hui c'est moi qui décide et si je dois être malheureuse, ce ne sera pas à cause de lui, ce ne sera pas sa faute, ce n'est pas lui qui me fera du mal. Plus jamais personne ne me fera de mal. Je suis maître de mon destin. Et il n'y a plus que moi qui puisse décider de me faire du mal, de nous faire du mal...

FIN

illustrations : images de Luis Royo
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Mercredi 16 avril 2008
« Un drame s'est produit hier soir, dimanche, dans un appartement de la petite ville de X. Il semble que l'on puisse parler de suicide. L'homme s'est en effet tiré une balle dans la tête avec la carabine de son père décédé il y a environ 20 ans. Mais s'agit t'il d'un banal drame de la solitude? Personne ne peut l'affirmer. Cette histoire si simple apparemment repose la question des suicides organisés sur internet. En effet, d'après ses proches, la victime, un homme de trente ans, était très souvent connecté à des chats, forums et autres messageries instantanées sur internet. Peut-on en conclure que cette mort soit due à une influence extérieure? Que faut il faire pour protéger nos proches?
Notre dossier du mois est consacré aux dangers d'internet chez les personnes influençables. Après l'interview des proches de la victime de ce tragique événement, nous aborderons le thème des suicides d'adolescents en série, mais aussi un nouveau phénomène très inquiétant, les sectes sur internet. Aujourd'hui de nombreuses sectes ont un site internet et leurs membres recrutent de plus en plus de nouveaux adeptes via des chats de discussion. Quand on se remémore les suicides de groupe organisés par certaines sectes ces dernières années, on ne peut que frémir devant cette influence grandissante. Enfin, nous terminerons notre dossier par une étude sur les prédateurs sexuels sur internet. »


Des mains tournent les pages du magazine. Les pages tournent, tournent. Elles s'arrêtent soudain.

« Tout a commencé avec cet accident! Pour moi c'est à partir de là que tout a été de travers. Mon petit, il ne s'en est jamais remis. Il faut dire que ça a été terrible, et tellement violent. Physiquement ça a été dur pour lui c'est sûr, mais le moral en a pris un coup aussi. Il s'est senti responsable et même coupable je pense. Comme si il y était pour quelque chose... Je lui ai dit et répété que c'était pas ça faute, qu'il s'était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment et que c'était pas sa faute. C'est vrai, vous savez, c'était pas sa faute! Lui, il y était pour rien! C'était une victime au même titre que la fille... C'est vrai, il a même été blessé! C'est l'autre gars qui était en tort, il avait bu, c'était sa faute! La fille est morte à cause de lui et tout ce qui est arrivé à mon fils, c'est sa faute aussi. C'est lui le responsable! Il devrait payer pour ça aussi! Croyez moi je vais faire ce qu'il faut pour que la justice le reconnaisse responsable et qu'il paye! Je n'avais plus que mon fils dans ma vie et je me battrais pour lui jusqu'au bout! »

« Pour moi c'est une histoire d'amour qui a mal fini. Il s'est entiché d'une nana et quand elle en a eu marre et qu'elle l'a laissé tombé, il a compris qu'elle s'était foutu de sa gueule depuis le début. Il a toujours eu un coeur d'artichaut. C'était un grand romantique, on le vannait assez là dessus... Il attendait que ça « être amoureux ». Il se faisait des films oui! Cette fille, elle le prenait pour un con! C'était évident qu'elle se servait de lui. Et lui il pensait qu'elle était sincère et qu'elle l'aimait... Il disait qu'elle était jeune et que c'était la différence d'âge qui lui faisait peur! Pff! Tu parles! Une belle garce, oui! Elle s'est servi des sentiments qu'il avait pour elle pour rendre jaloux son ex qui s'était barré. Et quand il a appris qu'elle se faisait consolé par quelqu'un d'autre, il est revenu direct! Et elle, même pas un merci, elle s'est barré avec lui, sans rien lui dire. Je l'avais prévenu pourtant, je lui avait dit. Une nana qui parle tout le temps de son ex, c'est pas net. C'est triste parce que c'était vraiment quelqu'un de bien, il aurait pu tomber sur une fille aussi bien que lui, qui le méritait, au lieu de ça il a rencontré la dernière des traînées, une manipulatrice qui l'a bien utilisé! »

« Vous savez, je me dois de m'exprimer avec la plus grande des réserves sur cette malheureuse histoire. Il faut se garder de généraliser bien évidemment. Mais pour ce que j'ai pu m'en rendre compte, internet est au coeur de cet histoire. Il s'agit d'un homme qui n'avait pas beaucoup de contacts extérieurs, on peut pratiquement parler d'une absence de vie sociale. Il ne sortait plus de chez lui depuis plusieurs mois. Il a tellement investi internet, que si vous voulez mon avis, il a eu de plus en plus de difficultés à différencier le réel du virtuel. Malheureusement, ce genre de chose arrive de plus en plus souvent, et c'est le cas typique d'une personne qui était dépendante à internet et aux réseaux sociaux virtuels. Je suis désolé, mais je pense qu'on ne dit pas assez aujourd'hui qu'internet est dangereux. Cela entraine la perte de la vie sociale réelle, le renfermement sur soi même, et progressivement l'arrêt de toutes les activités autres, jusqu'à mettre sa vie en danger, que ce soit en arrêtant de se nourrir et comme l'on vient de le voir dans ce sinistre cas. »

Sa mère, son meilleur ami, son médecin...
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Lundi 21 avril 2008
« N'importe quoi! Que des conneries! »
Olivier ferme doucement les yeux, tout doucement.
Il se rappelle de tout.

Avant, il était souvent sur les routes, parti négocier avec des fournisseurs, parti faire des formations aussi, parti loin de sa petite vie tranquille dans une petite ville de province auprès de sa mère. Elle a toujours été là à ses côtés. Ça lui père un peu des fois à Olivier, mais il y trouve quelques avantages bien pratiques des fois. Elle fait s'occupe de son linge, fait sa lessive et son repassage et tous les dimanches, elle l'invite à manger. Elle est dévouée à son fils Rosalie, il est tout pour elle. Elle ferait bien plus si elle pouvait. Rien ne la rebute, le ménage, les courses, la cuisine, elle ferait tout. Elle l'a toujours fait pour son mari d'abord et quand il est mort pour son fils. Quand son père est mort, Olivier avait dix ans tout juste. Rosalie a repris le magasin de son mari pour Olivier, pour plus tard pour qu'il ait un travail quand il serait grand. Aujourd'hui Olivier est grand, il a trente ans. Il a pris un appartement tout seul il y a quelques années. C'est lui qui s'occupe du magasin. Rosalie vient aides des fois, quand Olivier est en déplacement. Elle s'ennuie un peu, elle n'a plus grand chose à faire de ses journées. Mais elle est satisfaite, son fils a reprit l'affaire et il est resté dans la même ville qu'elle. Elle n'a pas à se plaindre, elle a des connaissances dont les enfants sont partis loin pour trouver du travail, des fois même à l'étranger. Elle a de la chance Rosalie. Mais elle a prévu aussi, elle est tout fait pour qu'il reste, pour se rendre indispensable auprès d'Olivier.

Le dimanche midi Olivier vient manger avec sa mère, il arrive souvent vers 13 heures. Tous les week ends se ressemblent. Le samedi soir il sort avec David, son ami depuis l'école primaire. Ils retrouvent la même bande copains dans le même bar depuis des années maintenant. Ils ont tout fait ensemble. Des fois, David passe même le dimanche après-midi pour prendre le thé avec Olivier et Rosalie, quand il est rentré seul le samedi soir. Ça n'arrive pas souvent, il a du succès avec les femmes David, il ne reste jamais bien longtemps avec la même, mais il ne reste que rarement seul et pas plus d'une semaine. Olivier préfère les histoires plus longues, les filles d'un soir, ça ne l'intéresse pas. David se moque souvent de lui, et l'appelle le romantique. Olivier a l'habitude, mais il s'en moque, il cherche une femme qui vaudra le coup, une femme avec qui il pourra construire sa vie, une femme qu'il aimera pour toujours, à qui il aura envie de faire des enfants. Rosalie les espère depuis tellement de temps ces petits enfants. Elle ne dit rien, mais elle s'inquiète pour son fils. A son âge, il devrait déjà lui avoir présenté une jeune femme. Elle espère que ça arrivera bientôt, elle ne rajeunit pas Rosalie, et elle aimerait avoir le temps d'en profiter au moins un peu. Olivier lui dit qu'il n'a pas le temps de penser à ça avec le travail qu'il y a. Rosalie préfèrerait qu'il pense un peu moins au travail. Mais elle ne se plaint pas, c'est un garçon gentil son Olivier, il vient la voir toutes les semaines, il lui a fait les courses et s'est occupé d'elle il y a deux ans quand elle s'est cassé le bras. C'est juste qu'elle trouve qu'il est un peu renfermé, il ressemble trop à son père.

Tout ça, c'était la vie d'Olivier, la vie d'Olivier avant... avant l'accident.
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Mercredi 23 avril 2008
C'était un samedi. Comme tous les samedis, Olivier et David avait retrouvé la bande au bar. Comme tous les samedis, ils avaient rigolé. Comme tous les samedis, ils avaient discuté devant un verre. Comme tous les samedis, David avait dragué une jeune femme. Et il était reparti avec elle. Vers 2h, Olivier avait décidé de rentrer se coucher, peut être un peu mélancolique, un peu triste d'être encore seul ce samedi, comme tous les samedis. Comme il le dirait plus tard, il n'avait pas bu d'alcool, rien que des jus de fruits. Le début du trajet il n'en garde aucun souvenir, il faisait le même trajet tous les samedis soirs pour rentrer chez lui. Sauf que ce samedi là, il devait rencontrer sur son chemin Clarisse et son petit ami Grégory. C'est Grégory qui conduisait la voiture, Clarisse n'avait pas le permis de conduire, elle n'avait que seize ans. Elle allait commencé la conduite accompagnée d'ici quelques semaines. La voiture était à un stop et Grégory a redémarré sans voir la voiture d'Olivier sur sa droite. Olivier n'a pas pu éviter le choc. Il ne se rappelle presque plus rien ensuite. Il ne se souvient que de cette voiture sur sa gauche qui arrivait de nulle part et de son pied sur la pédale de frein. Et de la douleur dans sa jambe, cette douleur qui, il ne le savait pas encore, allait l'accompagner pendant de longs mois. Il a entendu les sirènes, il ne sait même pas qui a prévenu les gendarmes et les pompiers, mais quand il s'est réveillé, il était à l'hôpital.

Il a pu reconstituer ce qui c'était passé ce soir là avec l'aide des récits de Rosalie et de David qui a bien voulu lui apporter les coupures de journaux relatant l'accident. Dans l'autre voiture, la jeune fille, Clarisse, était morte en arrivant à l'hôpital et le jeune homme n'avait pratiquement rien eu. L'enquête avait montré qu'il était complètement responsable de l'accident. Il avait grillé un stop et il avait un taux d'alccol trop important dans le sang. Clarisse était la petite fille d'une amie de Rosalie. C'est comme ça qu'Olivier a su les détails de l'histoire. Elle venait de se disputer avec son petit ami. La grand-mère de Clarisse avait confié à Rosalie que cette relation ne plaisait pas aux parents de la petite. Le jeune homme était plus âgé, un peu violent et Clarisse était malheureuse ces derniers temps. Pour elle c'était clair, ce garçon se servait de sa petite-fille et à cause de lui elle était morte. Même en sachant tout cela, Olivier ne pouvait s'empêcher de penser que si lui n'avait pas été là, à cet endroit, à ce moment, sur cette route, rien de tout cela ne se serait passé. Cette route n'était pas tellement fréquenté et même en grillant le stop, ils n'auraient pas dû être percutés. D'ailleurs, Olivier l'avait déjà grillé ce stop, et lui il était encore là, vivant, juste avec cette jambe qui lui faisait tellement mal. Il le savait lui olivier que si elle était morte c'est de la collision avec sa voiture à lui. Dans ses rêves, la nuit, il voyait le choc contre la voiture. Il voyait sa voiture écraser une jeune fille assise sur le siège passager de l'autre voiture. Il en pleurait Olivier. D'autant plus qu'il était incapable de se souvenir à quoi ressemblait cette Clarisse qu'il avait pourtant déjà dû croiser plusieurs fois.

Et tout ça a continué encore, les douleurs dans la jambe, les cauchemards... jusqu'à ce que l'hôpital le renvoit chez lui... et même après encore.

Rosalie a tout pris en main pour que le retour d'Olivier chez lui se passe le mieux possible. Elle a décidé de se charger de tout pour qu'il n'ait plus rien à faire et qu'il puisse se rétablir au plus vite. Elle est dévouée Rosalie, elle ferait tou pour son fils, elle n'a que lui. Au fond d'elle même, elle ne peut s'empêcher de se sentir satisfaite de la situation. Elle redevient une maman qui s'occupe de son petit garçon. Olivier n'est pas encore comlètement guéri, c'est pour ça qu'une infirmière vient régulièrement lui faire des soins à la maison. Olivier a encore mal à la jambe, mais elle dit qu'il est presque guéri. Un autre qui vient souvent le voir, c'est David son meilleur ami. Il se sent un peu coupable aussi. Il n'est venu voir Olivier à l'hôpital que le lundi, après avoir passé le dimanche aulit avec sa conquête du samedi soir. Il se dit que ça aurait pu être lui à la place d'Olivier ce soir là, sur cette route là. Mais David prend la vie comme elle vient, il ne ressasse pas ces pensées toute la journée. Il sait qu'on n'y peut rien, qu'il faut accepter les choses telles qu'elles sont et que de toutes façons, on ne peut pas revenir sur le passé. Et puis il travaille, David, il continue à sortir aussi, moins souvent qu'avec Olivier parce que c'est plus terne. La bande d'amis paraît un peu vide sans lui. D'ailleurs toute la bande est venue voir Olivier. Il s'est rendu compte qu'il avait plus d'amis que ce qu'il pensait. Mais ça ne lui remonte pas le moral, il s'ennuie tout seul toute la journée. David vient souvent, mais il travaille, et Rosalie est souvent à la boutique.

Les jours passent, et Olivier déprime. Il a toujours mal malgré les soins de Mélanie, l'infirmière. Il ne peut pas se lever de son lit. Il s'ennuit malgré la présence de Rosalie et les visites régulières de David. Il se sent inutile, il a l'impression d'être un poids. Les amis du début viennent moins souvent. La vie continue autour de lui.
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Samedi 26 avril 2008
C'est sa mère qui a finalement trouvé une solution. Elle a acheté un ordinateur portable pour qu'Olivier puisse reprendre le travail de son lit. Il pourra même aller sur Internet avec. Rosalie est assez contente d'elle. C'est David qui lui a donné l'idée en discutant avec elle. Tout le monde est ravi, même Olivier, lui qui ne s'enthousiasme pas pour grand chose depuis l'accident. C'est enfin quelque chose qu'il peut faire tout seul. Il va pouvoir faire des achats, discuter de choses et d'autres, jouer, bref faire tout ce qu'il veut sans demander à personne. C'est vrai que sa mère est gentille, dévouée et ne dit rien, mais à trente ans être obligé de lui demander pour tout, c'est une sacrée régression. Olivier est soulagé, il va pouvoir retrouver une partie de son indépendance. Enfin quelque chose de positif dans sa vie, il était temps. Les mois d'immobilité ont compté double, voire triple pour lui. Il a l'impression de revivre. Il sourit. C'est amusant comme un petit rien comme ça peut lui remonter le moral. Il va revivre enfin, et pour commencer dès que tout le monde sera parti de sa chambre, il se mettre un bon film porno, le genre de chose qu'il n'aurait pas demandé à sa mère... Chacun est soulagé, sa mère, son meilleur ami, son infirmière...
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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Mercredi 30 avril 2008
Après avoir expérimenté plusieurs jeux, acheté quelques objets plus ou moins utiles, Internet a perdu un peu de son attrait pour Olivier. Encore une fois c'est David, son meilleur ami, qui lui a donné la solution. Internet c'est un moyen de communication, mais c'est aussi un moyen de rencontrer des nouvelles personnes. Il n'est pas obligé de rester à échanger avec les gens qu'il connait déjà, il peut faire de nouvelles connaissances, et partager autour de sujets, de passions communes. C'est comme ça qu'Olivier s'est inscrit sur des forums, des forums de tout et n'importe quoi. Après tout quand on s'ennuie... il s'est inscrit sur un forum d'automobile, un forum de guitare, et d'autres encore. Il en a découvert de nouveaux auxquels il s'est inscrit très régulièrement. C'est très valorisant d'arriver sur un forum, tout le monde lui souhaite la bienvenue et l'encourage à poster. Les gens sont curieux et lui demandent ce qu'il fai dans la vie, quel âge il a... Mais tout cela ne dure qu'un temps, jusqu'à ce qu'arrive un autre nouveau. Après, Olivier a trouvé plusieurs techniques pour s'intégrer. Tout ça dépend bien sûr de la nature même du forum, à savoir si c'est un forum de discussion ou un forum spécialisé, mais globalement, une technique qui marche c'est poster, poster et encore poster. Il faut y passer du temps et répondre à des sujets dont on se moque tel l'anniversaire d'un membre qu'on ne connaît même pas. Mais, de cette façon, on montre qu'on est là, et plus on poste, plus les gens vous répondent, jusqu'à ce que s'installent des petites blagues entre vous, les mêmes petites blagues qui sont insupportables pour ceux qui arrivent. En plus Olivier il a le temps, il n'a que ça à faire, il ne rate rien de ce qui se passe. Il a le temps de répondre à tous les posts.

Ça a duré comme ça quelques mois. Et un jour , sur un forum, Olivier a rencontré Théa. C'est un forum de lecture, un forum où l'on parle de ce qu'on lit, on fait des critiques de livres et on donne son avis sur d'autres critiques. On fait la liste des livres que l'on a acheté, de ceux que l'on va acheter, de ceux que l'on voudrait bien acheter et enfin de ceux qu'on va lire quand on aura le temps. Olivier est inscrit sur ce forum depuis plusieurs mois déjà, il a bien noué quelques sympathies, mais rien de bien exaltant. Il faut dire qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes et leurs conversations sur les enfants, les travaux ménagers et le mari, compagnon ou autre, Olivier ça ne l'intéresse pas vraiment. Mais Olivier aime bien ce forum. Il a toujours bien aimé lire, mais depuis l'accident il a plus de temps. En plus, la plupart des amis qui sont venus le voir lui ont offert une boîte de chocolats et un bouquin. Il a pu complèter sa culture rapidement. Maintenant il lit beaucoup, enfin quand il n'est pas sur Internet. En fait, pour tout dire, il a beaucoup lu au début, avant d'avoir l'ordinateur, quand il n'avait rien d'autre à faire. Il a rattrapé toutes ces années où il n'a pas eu le temps. Maintenant, dans sa vie, il y a la lecture, l'ordinateur et Théa...
par Bouclesdor publié dans : Nouvelle
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